﻿{"id":129,"date":"2012-11-29T08:12:48","date_gmt":"2012-11-29T07:12:48","guid":{"rendered":"http:\/\/oliba.catnord.cat\/?p=129"},"modified":"2012-12-05T07:56:11","modified_gmt":"2012-12-05T06:56:11","slug":"catalogne-lindependance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/?p=129","title":{"rendered":"Catalogne : l\u2019ind\u00e9pendance ?"},"content":{"rendered":"<div class=\"opinio\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-130\" title=\"jean villanove\" src=\"http:\/\/oliba.catnord.cat\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jean-villanove.jpg\" alt=\"\" width=\"147\" height=\"139\" \/>La grandiose manifestation qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 Barcelona le 11 septembre 2012 vous a peut-\u00eatre surpris. Certains ont \u00e9t\u00e9 contrari\u00e9s, d\u2019autres enthousiasm\u00e9s. Peut-on d\u00e9gager quelques explications ? Quels sont les \u00e9v\u00e9nements qui pourraient justifier cette vague ind\u00e9pendantiste ?<\/p>\n<p>L\u2019opposition entre Barcelone et Madrid plonge ses racines beaucoup plus loin que le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es sign\u00e9 en 1659 entre deux royaumes : Castille et France. Je ne vous parle pas des querelles in\u00e9vitables qui \u00e9clatent traditionnellement entre pays voisins, comme l\u2019histoire du monde en t\u00e9moigne, mais je voudrais citer des faits qui ont laiss\u00e9 des traces profondes et douloureuses. Sont-ils oubli\u00e9s ? Ou sont-ils encore vivaces ?<!--more--><\/p>\n<p>Curieusement, c\u2019est la longue \u00e9mission propos\u00e9e en juillet par France 2, consacr\u00e9e \u00e0 Isabelle, la reine de Castille, qui me permet d\u2019argumenter un d\u00e9but de r\u00e9ponse. Le pr\u00e9sentateur a affirm\u00e9 et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que c\u2019est sous le r\u00e8gne d\u2019Isabelle que l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Espagne avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e. Que faut-il en penser ?<\/p>\n<p>Observons tout d\u2019abord la situation politique dans la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique au XV\u00b0 si\u00e8cle. Elle est compos\u00e9e de trois \u00ab pays \u00bb ind\u00e9pendants. D\u2019abord, le royaume du Portugal. Puis, au centre le royaume de Castille. Enfin, la conf\u00e9d\u00e9ration, avec \u00e0 sa t\u00eate un seul souverain descendant de Guifr\u00e9 el Pelos, comprenant : le royaume d\u2019Aragon, le royaume de Valencia et le comt\u00e9 de Catalogne. Je dis conf\u00e9d\u00e9ration, car chacune des trois parties convoque ses propres d\u00e9put\u00e9s (en Catalogne tous les trois ans depuis 1282) ; parfois, le souverain r\u00e9unit une assembl\u00e9e de d\u00e9put\u00e9s repr\u00e9sentant les trois entit\u00e9s ; en principe, cette assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale se r\u00e9unit \u00e0 Montso. Tous les historiens sont unanimes : le moteur de la conf\u00e9d\u00e9ration, c\u2019est Barcelone. D\u2019o\u00f9, l\u2019incompr\u00e9hension du simple voyageur. En Sicile et en Sardaigne \u2013 o\u00f9 le catalan est encore parl\u00e9 \u2013 on d\u00e9couvre, suivant les d\u00e9pliants touristiques, la liste des monuments construits\u2026 par le roi d\u2019Aragon ! et non par les Catalans\u2026 alors que ce sont eux qui les ont \u00e9lev\u00e9s !<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par la conf\u00e9d\u00e9ration. Le nouvel h\u00e9ritier Ferdinand (Ferran en catalan), est n\u00e9 en 1452 \u00e0 Sos, en Aragon. Il passe une grande partie de son enfance, jusqu\u2019\u00e0 seize ans, \u00e0 Barcelone. Ses livres de chevet exposent l\u2019art de gouverner : le \u00ab Regiment de Princeps \u00bb d\u2019Eiximenis, les \u00ab Ordinacions de Pere III \u00bb (souverain qui a fond\u00e9 l\u2019universit\u00e9 de Perpignan et qui a fait construire le Castillet) et les \u00ab Furs de Valencia \u00bb (les constitutions). Bref, des ouvrages impr\u00e9gn\u00e9s de l\u2019id\u00e9e de \u00ab pactisme \u00bb. En 1464, les Siciliens le reconnaissent comme roi de l\u2019\u00eele.<\/p>\n<p>Isabelle est n\u00e9e en 1451 en Castille. Femme virile au teint fade, elle est une cavali\u00e8re intr\u00e9pide. C\u2019est une personne au temp\u00e9rament singulier, \u00e0 la psychologie stup\u00e9fiante, en proie \u00e0 des crises de conscience et \u00e0 des actes de violence : sa m\u00e8re \u00e9tait folle, sa fille sera folle.<\/p>\n<p>Dans le contrat de mariage du 5 mars 1469 qui unit Isabelle \u00e0 Ferdinand, une clause est fondamentale : il est mentionn\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mariage \u00ab \u00e0 titre personnel \u00bb qui n\u2019implique pas l\u2019union politique des deux royaumes ; il permet toutefois \u00e0 Isabelle de recevoir l\u2019aide de Ferdinand pour coiffer la couronne de Castille. Effectivement, en 1474, d\u00e8s la mort du roi de Castille, le probl\u00e8me de sa succession se pose et la guerre \u00e9clate entre les pr\u00e9tendants. Rapidement, les arm\u00e9es du couple enl\u00e8vent les places fortes. Isabelle I\u00b0 est couronn\u00e9e reine de Castille en 1479.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, quelle est la situation de Ferdinand ? Il est le souverain de la conf\u00e9d\u00e9ration \u2013 Catalogne, Aragon, Valencia \u2013 et ajoutons la Sicile (conquise en 1282), la Sardaigne (1323) et le royaume de Naples (1453, moiti\u00e9 sud de la p\u00e9ninsule italienne conquise par Alphonse V le Magnanime, son oncle). Pour se prot\u00e9ger des incursions des arm\u00e9es fran\u00e7aises, Ferdinand fait construire la forteresse de Salses vers 1500. (Lors de l\u2019\u00e9mission de France 2, le pr\u00e9sentateur avait annonc\u00e9 sans sourciller que c\u2019\u00e9tait Isabelle qui avait ordonn\u00e9 sa construction !) Il interdit l\u2019importation de textiles fran\u00e7ais \u00e0 Naples, Sicile et Sardaigne ; en Sardaigne, les Catalans obtiennent la monopole import-export du n\u00e9goce ; il donne pleine libert\u00e9 aux Catalans pour traiter directement avec Oran, Bougie, Alger et Tripoli ; enfin, une taxe de 50% est pr\u00e9vue pour tous les tissus non catalans qui seraient d\u00e9barqu\u00e9s dans ces quatre villes.<\/p>\n<p>Le 2 janvier 1492, Ferdinand (avec un contingent catalan) et Isabelle p\u00e9n\u00e8trent, sans un seul coup de feu, dans Grenade encore aux mains des musulmans : la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique est \u00ab lib\u00e9r\u00e9e \u00bb. Souvenons-nous que les musulmans \u00e9taient install\u00e9s en Andalousie depuis l\u2019an 711 ! Le couple fonde l\u2019inquisition qui est la seule organisation qui couvre les deux royaumes \u2013 Castille et Conf\u00e9d\u00e9ration \u2013. Cons\u00e9quence gravissime : en 1492, le couple signe l\u2019expulsion des juifs et, plus tard, celle des musulmans\u2026 \u00e0 moins qu\u2019ils ne se convertissent au christianisme. Le pape leur offre le titre de \u00ab Rois Catholiques \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019Am\u00e9rique<\/p>\n<p>Lors de l\u2019\u00e9mission de France 2, le pr\u00e9sentateur a annonc\u00e9 que c\u2019\u00e9tait Isabelle I\u00b0 qui avait financ\u00e9 le voyage de Christophe Colomb. Voici les faits. Le 17 avril 1492, \u00e0 Santa Fe (r\u00e9sidence du couple royal, situ\u00e9e \u00e0 deux pas de Grenade), le secr\u00e9taire du roi, le catalan Joan de Coloma (originaire de l\u2019Empourdan), r\u00e9dige le contrat qui autorise le voyage de Christophe Colomb vers les Indes : en cas de d\u00e9couverte, sont not\u00e9s les d\u00e9tails concernant les titres du navigateur et le partage des biens.<\/p>\n<p>Comment est financ\u00e9 le voyage ? Nous connaissons les donateurs. Lluis Sant\u00e0ngel (juif converti) n\u00e9 \u00e0 Valencia, qui habite Barcelone ; il est \u00e0 la t\u00eate de plusieurs entreprises et il est \u00ab escriva de racio \u00bb, genre de ministre des finances de Ferdinand. Le 2 mai 1492, il accorde au roi un pr\u00eat \u00e0 faible int\u00e9r\u00eat de 1.140.000 maravedisos (somme colossale) ; les autres m\u00e9c\u00e8nes sont : Alfons de la Cavalleria (vice-chancelier de Catalogne), Joan Cabrero (cam\u00e9rier du roi), Gabriel Sanchez (tr\u00e9sorier g\u00e9n\u00e9ral de la Cort qui est l\u2019assembl\u00e9e des d\u00e9put\u00e9s catalans). D\u00e9part de Colomb le 2 ao\u00fbt, escale aux Canaries ; d\u00e9part le 9 septembre. Colomb met le pied sur l\u2019ile Huanahami (aux Bahamas) le 12 octobre. Ce ne sont pas les Indes : il a d\u00e9couvert un nouveau continent. Personne ne le sait \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Nous voil\u00e0 \u00e0 Barcelone au mois de mars 1493. Un cavalier essouffl\u00e9 apporte un courrier \u00e0 Lluis de Sant\u00e0ngel : il est dat\u00e9 du 15 f\u00e9vrier 1493. La lettre est de Christophe Colomb. Il annonce dans cette lettre, \u00e9crite alors qu\u2019il \u00e9tait encore en mer, qu\u2019il est de retour des Indes, que des indiens l\u2019accompagnent et qu\u2019il a pris possession de ces terres, les \u00ab Indes Occidentales \u00bb au nom de \u00ab notre roi \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire Ferdinand. Aussit\u00f4t, Sant\u00e0ngel s\u2019adresse \u00e0 l\u2019imprimeur barcelonais Pere Posa el Vell : cette nouvelle extraordinaire est annonc\u00e9e au monde, pour la premi\u00e8re fois, dans un texte de 2750 mots\u2026 et c\u2019est en langue catalane.<\/p>\n<p>Maintenant, chacun attend avec impatience la d\u00e9cision de l\u2019homme le plus puissant de l\u2019Europe : le pape Alexandre VI. Malgr\u00e9 tout ce qui plaide en faveur des Catalans, la Bulle papale tombe : toutes les terres d\u00e9couvertes appartiennent exclusivement au royaume de Castille. Cela signifie que la conf\u00e9d\u00e9ration est \u00e9cart\u00e9e des Indes Occidentales. Un vent glacial envahit la Catalogne !<\/p>\n<p>Les Catalans auront-ils plus de chance avec le deuxi\u00e8me voyage de Colomb ? Soient 13 vaisseaux avec 1300 personnes. Comme le couple royal est toujours ruin\u00e9, notamment Isabelle, c\u2019est Ferdinand qui r\u00e9unit la majorit\u00e9 des capitaux aupr\u00e8s de : Jaume Ferrer et Joan de Coloma, secr\u00e9taires du roi, Pere Soler et Joan Serra, n\u00e9gociants \u00e0 Barcelone, Joan Girona, docteur en droit, Galceran Carlos et Pere Coromines, citoyens de Barcelone. Normalement, les Catalans devraient voir leurs efforts financiers r\u00e9compens\u00e9s ! H\u00e9las. La conf\u00e9d\u00e9ration n\u2019en retirera aucun avantage.<\/p>\n<p>Les Catalans ne se d\u00e9couragent pas et r\u00e9clament sans cesse. Ainsi l\u2019empereur Charles Quint, \u00e0 Barcelone m\u00eame, publie un arr\u00eat\u00e9 le 14 septembre 1519 : \u00ab les Indes Occidentales et les \u00eeles de la terre ferme d\u00e9couvertes ou \u00e0 d\u00e9couvrir dans l\u2019oc\u00e9an seront incorpor\u00e9es \u00e0 la couronne royale de Castille \u00bb. Texte qui fut confirm\u00e9 par les successeurs. Dommage, car les draps catalans de Barcelone et de Perpignan auraient pu r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019\u00e9norme demande du Nouveau Monde. En 1600, la Castille ne trouve plus d\u2019ouvriers castillans et se met \u00e0 rechercher des ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s dans la construction et la r\u00e9paration des bateaux qui traversent l\u2019oc\u00e9an : on fait enfin appel aux Catalans. Travailler \u00e0 terre oui, naviguer non.<\/p>\n<p>Les tonnes d\u2019or et d\u2019argent gonflent les coffres de la Castille\u2026 pour un usage d\u00e9raisonnable dont le plus fou est un r\u00eave insens\u00e9 : en 1588, Philippe II se lance \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019Angleterre avec son \u00ab Invincible Armada \u00bb. Imaginez 130 vaisseaux de guerre, 22.000 hommes et 2.500 pi\u00e8ces d\u2019artillerie. C\u2019est un d\u00e9sastre ! Peu apr\u00e8s, les Anglais organisent une exp\u00e9dition punitive ; ils saccagent Cadix, incendient la cath\u00e9drale Santa Cruz et repartent avec 22 bateaux castillans !<\/p>\n<p>Ainsi, les livres d\u2019histoire qui affirment que les \u00ab Espagnols \u00bb ont d\u00e9cim\u00e9 les Indiens, d\u00e9forment la r\u00e9alit\u00e9 : seuls les Castillans sont all\u00e9s conqu\u00e9rir, occuper et exploiter l\u2019Am\u00e9rique du sud. Ajoutons les Portugais. Ce qui fait que l\u2019Am\u00e9rique du sud parle soit la langue castillane (l\u2019espagnol), soit le portugais. Evidemment pas de langue catalane en Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>Ferdinand r\u00e8gne sur plusieurs territoires : la conf\u00e9d\u00e9ration, la Sicile, la Sardaigne et Naples. Donc, pas d\u2019Espagne unifi\u00e9e. Les successeurs de Ferdinand, notamment Charles Quint gr\u00e2ce aux h\u00e9ritages, coiffent plusieurs territoires : la Castille, puis la conf\u00e9d\u00e9ration, la Sardaigne, le royaume de Naples, la Sicile, puis les Flandres, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Franche Comt\u00e9, le Milanais, et enfin les terres d\u2019Am\u00e9rique. Au sein de l\u2019empire, la conf\u00e9d\u00e9ration est un territoire comme les autres et non int\u00e9gr\u00e9e dans une Espagne unifi\u00e9e. Les souverains vont ainsi de pays en pays. Les Catalans continuent \u00e0 r\u00e9unir l\u2019assembl\u00e9e des d\u00e9put\u00e9s tous les trois ans et \u00e9lisent le pr\u00e9sident de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 second\u00e9 par un bourgeois et un noble (genre de vice-pr\u00e9sidents) ; ces trois \u00e9lus si\u00e9gent en permanence \u00e0 Barcelone. Notons une pr\u00e9cision de taille : de l\u2019an 1359 (premi\u00e8re G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9) \u00e0 1659 (la derni\u00e8re), nous comptons des Roussillonnais \u00e9lus \u00e0 la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 : 7 Pr\u00e9sidents et 35 \u00ab vice-pr\u00e9sidents \u00bb.<\/p>\n<p>Bref, des ann\u00e9es 1500 jusqu\u2019au trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es en 1659, l\u2019opposition frontale entre Barcelone et Madrid ne fait que s\u2019amplifier. D\u2019ailleurs, c\u2019est une arm\u00e9e franco-castillane command\u00e9e par un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais qui, apr\u00e8s un long si\u00e8ge, prend Barcelone le 11 septembre 1714. D\u00e8s la mise en place du trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es, que ce soit \u00e0 Perpignan ou \u00e0 Barcelone, la langue catalane est interdite. Les institutions catalanes sont supprim\u00e9es, (la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, l\u2019assembl\u00e9e des d\u00e9put\u00e9s, les conseils municipaux, etc.) L\u2019universit\u00e9 de Barcelone est ferm\u00e9e ; elle est transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 Cervera, loin de la capitale catalane. C\u2019est donc \u00e0 partir du 11 septembre 1714 que l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Espagne est r\u00e9alis\u00e9e : les m\u00eames institutions politiques d\u2019origine castillane quadrillent le territoire. Seule compensation : deux ou trois bateaux catalans par an peuvent enfin apporter leurs marchandises en Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>Les Catalans du sud feront le dos rond en attendant des jours meilleurs. Ceux du nord finiront par s\u2019habituer au fait que les enfants les plus brillants quittent la terre natale pour des emplois dans le nord de la France : Paris, Lyon, Lille, Toulouse, etc. L\u2019ancienne province du Roussillon, transform\u00e9e en d\u00e9partement des Pyr\u00e9n\u00e9es Orientales, est devenue peu \u00e0 peu l\u2019une des r\u00e9gions les plus pauvres de France.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quelle moralit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, avec la Communaut\u00e9 Europ\u00e9enne, r\u00e9clamer l\u2019ind\u00e9pendance est-ce une requ\u00eate r\u00e9aliste ? Peut-on, sans cesse, faire ressurgir ce pass\u00e9 qui a oppos\u00e9 Catalans et Castillans ? Peut-on accepter de voir les deux cit\u00e9s, Barcelone et Madrid, continuer \u00e0 se dresser l\u2019une contre l\u2019autre ? D\u2019autant plus que deux \u00e9tats belliqueux, comme la France et l\u2019Allemagne, ont fini par se mettre d\u2019accord ? Et puis, l\u2019histoire vraiment florissante des Catalans constitue-t-elle un argument suffisant pour d\u00e9sirer l\u2019ind\u00e9pendance ? Le pass\u00e9, aussi glorieux soit-il, justifie-t-il la revendication pr\u00e9sente ? Ce pass\u00e9 engage-t-il l\u2019avenir ? Nous connaissons des centaines de pays qui ont eu une histoire tout aussi m\u00e9morable mais qui ont disparu de la surface de la terre\u2026<\/p>\n<p>A moins, bien s\u00fbr, qu\u2019un peuple veuille vivre sa vie. Sachant que les efforts, les privations et le prix \u00e0 payer seront in\u00e9vitables. La survie d\u2019un peuple est une aspiration l\u00e9gitime lorsqu\u2019il se sent injustement trait\u00e9\u2026 hier comme aujourd\u2019hui. Mais dans cette affaire, les pressions internationales joueront un r\u00f4le. Pour l\u2019instant, constatons simplement que des pays puissants font confiance \u00e0 la Catalogne. Traditionnellement, les trois principaux investisseurs en Catalogne sont : l\u2019Allemagne, la France, les Etats-Unis. Ainsi, nous comptons 934 entreprises allemandes, 762 fran\u00e7aises et 490 am\u00e9ricaines des USA. Nouvelle donne en 2011 : le Japon est devenu le deuxi\u00e8me pays investisseur. De plus, 85% des investissements japonais se font en Catalogne et seulement 15% dans le reste de l\u2019Espagne. Avec cela, la Catalogne repr\u00e9sente \u00e0 elle seule 20% du produit de l\u2019\u00e9tat espagnol. Les Catalans pensent que le statut d\u2019autonomie accord\u00e9 apr\u00e8s la disparition de Franco les p\u00e9nalise. Alors, disent-ils, pourquoi ne pas remettre tout \u00e0 plat ?<\/p>\n<p>Actuellement en Europe, une forme de gouvernance semble faire consensus : l\u2019Europe F\u00e9d\u00e9rale. Il est clair que l\u2019\u00e9tat fran\u00e7ais n\u2019est pas ouvert \u00e0 ce genre d\u2019organisation. Souvenons-nous comment en 1811, Napol\u00e9on I\u00b0 en bon h\u00e9ritier de la R\u00e9volution, avait d\u00e9coup\u00e9 les pays conquis en d\u00e9partements. D\u2019abord, les d\u00e9partements de l\u2019Etat Fran\u00e7ais, auquel s\u2019ajout\u00e8rent ceux de la Catalogne (quatre d\u00e9partements), puis ceux d\u00e9pe\u00e7ant le Danemark, ceux de la moiti\u00e9 des Pays Allemands, ceux qui composaient un tiers de l\u2019Italie, etc. Tout ce beau d\u00e9coupage artificiel de 130 d\u00e9partements, avec ses pr\u00e9fectures et sous-pr\u00e9fectures, disparut avec Napol\u00e9on : personne n\u2019en avait voulu !&#8230; sauf en France. Aujourd\u2019hui, les pays nordiques et \u2013 probablement \u2013 ceux de l\u2019ancienne \u00ab Conf\u00e9d\u00e9ration Catalane \u00bb, sont favorables \u00e0 une Europe F\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n<p>Curiosit\u00e9 du calendrier. En 2014, l\u2019Ecosse s\u2019appr\u00eatait \u00e0 organiser un r\u00e9f\u00e9rendum concernant son ind\u00e9pendance et chacun attendait le r\u00e9sultat. Voil\u00e0 que la Catalogne la pr\u00e9c\u00e8de. De quoi alimenter les conversations. Nous allons observer attentivement cette p\u00e9riode \u00e0 venir qui promet d\u2019\u00eatre mouvement\u00e9e : ici, \u00e0 Perpignan, nous sommes aux premi\u00e8res loges.<\/p>\n<p>Jean Villanove\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La grandiose manifestation qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 Barcelona le 11 septembre 2012 vous a peut-\u00eatre surpris. Certains ont \u00e9t\u00e9 contrari\u00e9s, d\u2019autres enthousiasm\u00e9s. Peut-on d\u00e9gager quelques explications ? Quels sont les \u00e9v\u00e9nements qui pourraient justifier cette vague ind\u00e9pendantiste ? L\u2019opposition entre Barcelone et Madrid plonge ses racines beaucoup plus loin que le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es sign\u00e9 en 1659 entre deux royaumes : Castille et France. Je ne vous parle pas des querelles in\u00e9vitables qui \u00e9clatent traditionnellement entre pays voisins, comme l\u2019histoire du monde en t\u00e9moigne, mais je voudrais citer des faits qui ont laiss\u00e9 des traces profondes et douloureuses. Sont-ils oubli\u00e9s ? Ou sont-ils encore vivaces ?<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-129","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-opinions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=129"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/129\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":421,"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/129\/revisions\/421"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/oliba.catnord.cat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}