ESPAGNE : LE RÉFÉRENDUM CATALAN MET MADRID SOUS PRESSION
Le 12 décembre 2013, après plusieurs semaines de discussion, le gouvernement catalan s’est enfin décidé sur les modalités du référendum sur l’indépendance, prévu le 9 novembre 2014. Celui-ci prendra la forme d’une double question.
Cette « 3e voie », très discutée, est une solution intermédiaire, moins radicale que l’indépendance. Pour certains, le statu quo n’est plus tenable pour la Catalogne, mais ils ne veulent pas non plus en arriver jusqu’à la sécession avec le reste de l’Espagne. C’est par exemple le cas de la proposition du PSC (Parti Socialiste Catalan) qui appuie l’idée d’un État fédéral. Cette « 3e voie » peine tout de même à exister au milieu d’un débat qui se radicalise de jour en jour.
Bien plus qu’une simple annonce d’un calendrier, les politiques catalans ont trouvé un moyen de renvoyer la balle dans le camp de Madrid qui répète depuis plusieurs mois que le référendum est anticonstitutionnel et qu’il n’aura jamais lieu. En annonçant une chronologie et une question claire, les Catalans poussent le pouvoir central à sortir de son silence et à s’exprimer sur la question. Madrid est maintenant dans une situation délicate où interdire la consultation passerait pour une mesure antidémocratique aux yeux des citoyens et de la communauté internationale.
INTERNATIONALISER LE CONFLIT
Aujourd’hui, il est clair que les Catalans sont sur le point de gagner ce pari. La bataille entre Barcelone et Madrid est devenue manichéenne et le gouvernement central en s’obstinant à refuser un référendum, endosse le rôle du « méchant » s’opposant à la liberté d’expression d’un peuple. A l’étranger, certaines voix se sont élevées pour demander que ce référendum puisse être organisé au nom de la démocratie et du droit à l’autodétermination.
UN MAUVAIS CALCUL POLITIQUE DE MADRID
Mais, ici, le calcul politique est peut-être mauvais. Actuellement, le principal argument des indépendantistes catalans est le fait que Madrid s’oppose à un acte démocratique et ignore les demandes du peuple. Il est clair que Mariano Rajoy en se refusant à tout dialogue et en mettant en place une logique d’affrontement frontal contribue aujourd’hui à alimenter encore plus la cause indépendantiste.
UN PARI DÉJÀ GAGNÉ?
Reste que la double question du référendum ouvre de nouvelles inconnues. Avec maintenant 3 choix pour le citoyen; quel nombre de vote sera retenu pour considérer une option comme gagnante ? Le gouvernement d’Artur Mas précise qu’une option sera reconnue comme valide si celle-ci dépasse 50% des voix exprimées. Dans les consultations avec plus que deux options, atteindre 50% est très difficile. Le dernier sondage réalisé montre que 44% des Catalans sont en faveur de l’indépendantisme et voterait oui aux deux questions. Un très bon résultat pour les séparatistes. Mais surtout, ce que révèle cette étude, c’est que 20% des Catalans n’ont encore rien décidé. Ce pourcentage très élevé invite à la prudence et prouve que l’issue du vote est clairement imprévisible.
Au fond, ce qui se passe depuis plusieurs mois, au delà d’une lutte pour l’indépendance ou pour le droit à l’expression, c’est que les Catalans réussissent petit à petit à faire accepter leur identité et leur constitution en tant que nation, à l’Espagne et au reste du monde. Cette affirmation, loin d’être anecdotique dans la conscience commune, est un pas de géant moins de 40 ans après la fin de la dictature franquiste.