Un éditorial de LADEPECHE.fr

 

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éditorial

Renaissance
Renaissance

Les dés en sont jetés. Nous irons plus souvent au Liceo qu’à l’Opéra Bastille, au Camp Nou, (quoiqu’il soit question de le refaire) plus souvent qu’au stade de France, nous lirons «la Vanguardia» plus souvent que «le Parisien», nous nous délecterons de la cuisine catalane plutôt que des petits plats mitonnés de la butte Montmartre et nous parlerons le catalan, cette cousine germaine de l’occitan, mieux que le français avec l’accent. Le TGV met désormais Toulouse à trois heures et des poussières du cœur de Barcelone, la deuxième capitale de l’Espagne, la première en tout cas de cette Catalogne si éprise d’indépendance et dont elle épouse et résume l’archaïsme et la modernité, selon la loi des contrastes exacerbés qui régit la patrie surréaliste de Dali. Barcelone c’est plus qu’aucune autre capitale sur les bords de la Méditerranée «la mer la plus vieille du monde» selon Camus, notre ville des prodiges, notre ville des lumières qui satisfait notre goût de l’avant-garde audacieuse. Un même sang latin coule dans ses veines et les nôtres. C’est pourquoi sur les Ramblas nous ne nous sentons pas en étrange pays puisque cette ville aime aussi jusqu’à l’ivresse le verbe et le chant des oiseaux et l’enchantement de la musique «sans laquelle la vie serait une erreur». Car nous n’avons pas attendu de ce côté-ci de Garonne la disparition de la frontière ferroviaire entre les deux pays pour explorer et aimer Barcelone, nous y sentir comme poisson dans l’eau à l’heure des fêtes de fin d’année, et faire commerce avec elle et sa région.

Si le rapprochement accru entre France et Espagne est passé dans le registre des réalités longtemps attendues c’est que plus prosaïquement les exploitants des deux côtés des Pyrénées (la Renfe et la SNCF) espèrent sur cette ligne un million de passagers, en provenance de Lyon, de Marseille et de Paris, avec bien sûr la réciprocité des voyageurs de «tras los montes». Il n’est pas douteux que le Sud de la France fournira le plus grand contingent d’usagers, car le pouvoir attractif de Barcelone est… unique. C’est d’ailleurs aussi dans cette optique qu’a été menée à bien la réalisation de cet «outil de développement pour l’arc méditerranéen» qui recoupe plus ou moins l’ancienne voie domitienne et qui devrait réactiver sur le long terme les échanges commerciaux et culturels. Une manière de renaissance pour des régions qui ont été longtemps laissées à elles-mêmes. Mais si l’Espagne a privilégié l’extension de ses lignes à grande vitesse, il reste encore beaucoup à faire côté français pour rendre le projet tout à fait opérationnel sur son côté oriental. Le tronçon entre Nîmes et Montpellier qui se fait toujours en ligne classique ne sera prêt que dans quatre ans et par contre la mise aux normes de la ligne entre Montpellier et Perpignan (160 km) n’en est qu’au stade de l’étude…

C’est dire que l’urgence n’est pas ressentie de la même manière des deux côtés des Pyrénées…

Marie-Louise Roubaud