La stratégie espagnole face à l’indépendantisme catalan

Si l’on s’en tient aux faits que n’importe quel observateur impartial peut constater, la stratégie espagnole face au processus d’indépendance de la Catalogne est une succession de provocations, de rétorsions, d’intimidations, d’étouffement financier et de manoeuvres des services secrets.

L “espagnolisme” a été surpris par l’ampleur des grandes manifestations de cette année et sa première réaction a été un mélange de dépit, de déni et de provocation : Rappelons-nous les déclarations de militaires agressifs, du député européen Vidal Quadres appelant à l’ intervention armée, les insultes massives dans les réseaux sociaux ( pour vérifier la catalanophobie, consulter apuntem.cat). Un drapeau catalan indépendantiste a même été brûlé sur un plateau de télévision…Sont venues ensuite les intimidations: “L’Espagne opposera son veto à l’entrée de la Catalogne dans l’Union Européenne”, “la Catalogne perdra ses exportations vers l’Espagne à cause du boycott des consommateurs espagnols”, “la Catalogne ne pourra pas payer les retraites car l’Espagne gardera les fonds”, “une Catalogne qui est obligée de demander des fonds à l’Espagne pour payer ses fonctionnaires ne pourra jamais être indépendante”, etc

A cela se sont ajoutées les mesures de rétorsion: des municipalités qui refusent d’arborer le drapeau espagnol ont été dénoncées, celles qui se sont déclarées territoire libre ont été intimidées financièrement, des plaintes ont été déposées contre les municipalités qui ont affrété des trains pour faciliter la participation à la grande manifestation du 11 septembre.

Un pas de plus a été franchi lorsque, pendant la période électorale, des journaux espagnols proches de la droite la plus espagnoliste et conservatrice ( en fait toute la droite espagnole) ont publié des soi-disant investigations de la police sur des prétendus comptes en Suisse du président et de l’ancien président de la Catalogne, et sur des prétendues corruptions catalanes. Malheureusement pour eux aucun service de police n’a reconnu la véracité de l’investigation pas plus que l’authenticité des documents publiés sans en-tête ni signature.

Actuellement nous sommes entrés dans une nouvelle étape de la stratégie de la tension: Il s’agit d’étouffer les finances du gouvernement catalan provocant ainsi des réductions dans les prestations sociales pour provoquer le mécontentement en Catalogne.Toutes les tentatives de la Generalitat pour augmenter ses recettes afin de faire front à ses obligations sont refusées ou dénoncées au tribunal constitutionnel (qui les annule de façon préventive et se donne six mois pour les examiner): Refusée la taxe sur les ordonnances médicales, refusée la taxe judiciaire, refusée la taxe sur les dépôts bancaires.

Un nouvel épisode montre cette volonté d’étranglement: L’Union Européenne vient d’accorder à l’ Espagne un assouplissement du taux de déficit autorisé. Mais le gouvernement espagnol refuse d’accorder ce même assouplissement au gouvernement catalan. Il ne se l’applique qu’à lui-même. Quand on sait que c’est la Generalitat qui gère l’enseignement, le système de santé, la culture, la police, le système judiciaire et les politiques sociales cela revient à dire que cet assouplissement ne s’appliquera qu’aux services de l’état: l’armée, les affaires étrangères, la culture espagnole.

Cette stratégie financière s’accompagne d’une volonté de “recentralisation” culturelle: nouvelles ingérences dans l’éducation, statutairement compétence exclusive de la Generalitat , volonté déclarée d’”espagnoliser” les élèves catalans, attaques contre le système d’immersion linguistique, etc..

En résumé, une stratégie agressive qui veut étouffer les revendications des catalans et empêcher le referendum d’autodétermination. Tout le contraire de l’attitude anglaise face aux revendications écossaises. La différence est là: Démocracie et séduction en Angleterre et persistance des schémas uniformisateurs et des tics franquistes en Espagne.

Francesc Bitlloch