La Catalogne menace Madrid d’une insoumission institutionnelle “Je refuse d’appliquer la nouvelle loi”

Un sommet extraordinaire… Le palais de la Generalitat a accueilli, mercredi soir, l’ensemble des formations politiques catalanes à l’exception du Partido Popular en Catalogne (PPC) et de Ciutadan’s (C’s), un petit parti catalan centraliste-, pour matérialiser un accord commun pour la défense de l’enseignement en catalan face à l’offensive du ministre de l’Education espagnol, José Ignacio Wert. Les signataires (les souverainistes de CIU, ERC et CUP, les socialistes du PSC et les écolosocialistes d’ICV-EUA) sont tombés d’accord pour présenter un amendement commun visant à préserver, dans le futur projet de loi du ministre espagnol, le modèle d’immersion éducative en langue catalane. Mais cet accord va encore plus loin : si l’amendement était repoussé par Madrid, la loi catalane de l’enseignement serait proclamée comme la seule en vigueur sur le territoire catalan. Pere Navarro, leader des socialistes catalans (PSC) a affirmé, à l’issue de la rencontre “que la loi d’immersion constituait un des fondements de la société civile catalane”. Josep Antoni Duran-Lleida, porte-parole de Convergència i Unió (CIU), a accusé le ministre Wert de “vouloir en finir avec le modèle catalan de cohésion sociale”. Quant au député d’ICV, Joan Coscubiella, il a qualifié cette initiative du ministre “digne d’un gouvernement taliban”. Le ministre Wert a réfuté les arguments “sociologiques” du bien-fondé de “l’immersion scolaire en catalan” en affirmant qu’il poursuivait un “objectif basé sur la justice”.

“Comme le français…»

Alícia Sánchez-Camacho, principale dirigeante du Partido Popular en Catalogne a demandé au ministre Wert, du même bord politique, des précisions au projet du ministre. Hier matin, elle a fait une tentative d’explication en prenant comme exemple la France :

En France, il existe neuf langues régionales. Et le français est la seule langue véhiculaire dans les écoles“.

La réponse de la ministre catalane de l’Education ne s’est pas faite attendre

“Personne n’ignore quel est le statut des langues en France, un pays centraliste…»,

a déclaré Irena Rigau. Dans son dernier numéro, le magazine britannique The Economist, a parfaitement résumé la situation : l’offensive contre l’immersion linguistique en catalan montre que “les nationalistes catalans sont maintenant plus unis que jamais”. “Le moment choisi par Madrid (pour livrer cette bataille) ne pouvait pas mieux tomber pour Artur Mas qui cherche à constituer un gouvernement de coalition pour mener à bien le référendum sur l’indépendance”. The Economist juge que “ces tiraillements sur la langue” entre Madrid et Barcelone donnent des ailes aux “partis indépendantistes les plus radicalisés” qui souhaitent plus que jamais une rupture avec l’Espagne. Dans le nouveau système, “la langue catalane ne serait plus une matière obligatoire dans les examens de fin de cycle et passerait en quatrième position dans l’enseignement des langues“, derrière le castillan et deux langues étrangères, estime Ramon Grau, directeur d’une école secondaire de Barcelone. Si la réforme se concrétise, ce que nous aurions serait un modèle très semblable à celui que nous avons connu petits, un modèle d’un certain autoritarisme, avec des contenus très contrôlés” par Madrid, dénonce aussi Alex Castillo, 47 ans, père de deux enfants de 10 et 13 ans.

La révolte gronde Le système actuel, “bien au-delà de favoriser l’apprentissage d’une langue et de la culture, élimine les différences d’origine des élèves“, ajoute Eloy Cortes, un étudiant de 20 ans.

J’ai vécu toute ma scolarité dans l’immersion linguistique et c’est un modèle dans lequel personne n’est exclu

parce que, indépendamment de la langue parlée en famille, “tous les élèves reçoivent des outils pour avoir un très bon niveau en catalan et en castillan”, assure-t-il. Toutefois, ce système ne convient pas à tous et certains parents ont exigé, en vain, devant la justice, de scolariser leurs enfants en castillan. Une chose est sûre : la révolte gronde et certains appellent déjà à l’insoumission. “Je propose de refuser d’appliquer la nouvelle loi“, déclare solennellement Ramon Grau.

Enquadrat del diari

Le projet de loi sur l’éducation du ministre espagnol José Ignacio Wert réduirait le poids du catalan au profit du castillan, langue commune à toute l’Espagne. Le texte donnerait ainsi plus de pouvoir au gouvernement central pour fixer le tronc commun des programmes éducatifs.

Font: L’Indépendant