Après les Pyrénées-Orientales, quoi?

Au retour de leur voyage, les personnes dépeignent les pays qu’elles ont visités de plusieurs façons. Certaines personnes évoquent les paysages, d’autres les productions agricoles, d’autres les réalisations artistiques, d’autres les restaurants quatre étoiles ; pour d’autres, c’est la vie des gens : leur histoire, leur langue, leurs traditions, leur philosophie de la vie : « découvrir comment vivent les gens, voilà ce qui est palpitant ! », clament-elles.

Lorsque l’Etat français a conçu le système des départements, il a fait un choix radical : il a voulu effacer le souvenir des régions historiques. C’est ainsi que la Bretagne a été morcelée en plusieurs départements, idem pour l’Occitanie (le comté de Toulouse). Donc, les gouvernants ont décidé que ce qui était important, c’était la géographie : la géographie l’a emporté sur les gens, c’est-à-dire les « nombreux peuples qui composaient la France ». Ainsi, est né le département du Lot (rivière), des Hautes-Alpes (montagne), des Bouches-du-Rhône (fleuve), des Pyrénées-Atlantiques (maritime), etc. Par chance, le département des Pyrénées-Orientales correspond, à part le Fenouillèdes, à l’histoire du Roussillon, du Conflent, de la Cerdagne, du Capcir et du Vallespir. Donc, vouloir écrire l’histoire du « Département des Pyrénées-Orientales » est possible. Mais comment écrire l’histoire de l’Aude ? L’auteur est obligé de puiser dans l’histoire de ses voisins du Languedoc, de Toulouse, du Roussillon même… ou alors, il publie un livre de photos.

Quel nouveau nom pour le département ? Pyrénées-Orientales est un nom « géographique », mais « Pyrénées-Méditerranée » ? C’est un nom géographique également. Quoi de neuf ? Rien ! Alors pourquoi en changer. Or, quand les « touristes » visitent les monuments de notre patrimoine, les guides répètent mille fois le mot Catalan ou Catalogne : le Palais des Rois de Majorque (castell réal), le Castillet, la cathédrale, les monastères, les abbayes, les cloitres et aussi la Charte communale de Perpignan (1197), le Parlement Catalan (1214), le gouvernement de la Généralité (1359) ; l’université est fondée en 1349 à la demande du Conseil Municipal Catalan de Perpignan. Tous les textes des archives sont écrits soit en latin, soit en catalan.

Imaginez si nous disions : la France est un pays de plaines, de montagnes, arrosé par plusieurs fleuves, baigné par plusieurs mers. Et vous répondriez, avec juste raison, il y a aussi une histoire et une langue.

Ainsi, le nouveau nom du département doit inclure le mot « catalan »… sinon restons-en à Pyrénées-Orientales. 

La citation d’Albert Bausil est ambiguë. Il écrit « mon pays, c’est la mer, les vignes, la montagne, etc. ». Ce pays, c’est le pays catalan, ce n’est pas la France. Voulez-vous une autre citation ? Ce texte a été écrit par Alexandre Sanguinetti (1913-1980), ministre gaulliste sous le président Pompidou : « C’est la centralisation qui a permis de faire la France malgré les Français ou dans l’indifférence des Français… ce n’est pas un hasard si sept siècles de monarchie, d’empire ou de république ont été centralisateurs : c’est que la France n’est pas une construction naturelle. C’est une construction politique voulue pour laquelle le pouvoir central n’a jamais désarmé. Sans centralisation, il ne peut y avoir de France. Il peut y avoir une Allemagne, il peut y avoir une Italie, parce qu’il y a une civilisation allemande, une civilisation italienne. Mais en France, il y a plusieurs civilisations. Et cela n’a pas disparu, vous pouvez en croire un député de Toulouse ».

Un nouveau nom paraît évident : département du « Pays Catalan ».

Jean Villanove