Joan Dorandeu nous a quittés

J’ai eu le privilège de le rencontrer plusieurs fois lorsqu’il habitait Perpignan. C’était un homme posé, dévoué et cultivé. Toujours prêt à rendre service pour la cause catalane. Il m’avait prêté quelques livres. Ses activités, qui peuvent paraitre lointaines pour les jeunes gens, a pourtant porté ses fruits. Une pierre après l’autre, la « Casa Catalana » se construit patiemment. Par ces quelques lignes je tenais à témoigner avec émotion. 

Joan Dorandeu raconte quelques anecdotes qu’il a vécues en 1965. Lors des Jocs Florals, il était chargé de réunir des intellectuels favorables à la langue catalane. Il rencontra l’écrivain François Mauriac, académicien et lauréat du prix Nobel en 1952 ; François Mauriac donna son accord pour la défense de la langue catalane en Espagne. Mais les Catalans de France eux n’avaient pas les mêmes droits puisqu’ils étaient Français, et que la culture française jouit d’un niveau supérieur, étant la seule capable de développer l’humanité. C’est une constante : la France dépense des fortunes pour la promotion du français au Canada, en Italie, en Suisse, quitte à se froisser avec les gouvernements de ces pays, mais elle freinera dans l’hexagone le développement des langues qu’elle juge « régionales ».  

En 1981, Joan Dorandeu avait posé la question des langues régionales aux deux candidats lors des élections présidentielles. Le 18 avril, Jacques Chirac lui répond : « les cultures régionales sont des ponts, des médiateurs naturels vers des cultures européennes plus vastes. Par elles, la France retrouve la diversité de ses propres sources qu’un centralisme excessif et la crainte presque obsessionnelle d’un éclatement de l’unité nationale avaient essayé de tarir… »  

Dix jours plus tard, François Mitterrand lui écrit : « je tiens à vous signaler que mes amis parlementaires ont déposé une proposition de loi relative à la place des Langues et Cultures des peuples de France dans l’enseignement, dans l’Education permanente, dans les activités culturelles, de jeunesse, et de loisirs, dans les émissions de radio et de la télévision et dans la vie publique ». Remarquez « peuples de France ».

En 1981, le candidat François Mitterrand (Union de la Gauche) avait lancé un programme en 110 propositions. La 56e était prometteuse : « la promotion des identités régionales sera encouragée, les langues et cultures minoritaires respectées et enseignées. » L’infatigable Joan Dorandeu, qui a suivi l’affaire, précise : « A deux reprises, un rapport a été fait par l’Assemblée Nationale pour la promotion des langues régionales : les deux ont été bloqués, une fois par Michel Debré, Premier Ministre, l’autre quelques années plus tard par Valéry Giscard d’Estaing, Ministre des Finances. » Et une troisième fois par le premier ministre Bérégovoy qui s’opposa vigoureusement aux amendements parlementaires qui voulaient ajouter à la Constitution le respect des langues régionales.  

Joan Villanove