Catalogne / Espagne: Ne nous y trompons pas…

La marée humaine catalane de plus d’un million et demi de personnes qui a déferlé sur Barcelone le 11 septembre dernier a placé sous les projecteurs un conflit qui, de fait, dure depuis presque trois siècles: le 11 septembre 1714 les troupes franco-espagnoles des monarques absolus Felip V ( Philippe d’Anjou) et Louis XIV viennent à bout de la resistance acharnée de Barcelone. L’objectif est clair: le remplacement des lois catalanes (plus démocratiques) par les lois castillanes et le “decret de nova planta”. Il s’agit bien là par conséquent de l’occupation d’un pays par un autre. N’oublions pas que la Catalogne disposait d’un régime pré-démocratique qui obligeait le souverain à respecter les lois et “ els usatges “ de Catalogne avec l’un des premiers parlements d’Europe établi en 1283. C’est en particulier ce parlement qui fut supprimé après l’invasion du 11 septembre 1714.

Depuis lors, malgré la défaite militaire la Catalogne n’a cessé de résister, économiquement, culturellement, linguistiquement. Les centaines de lois promulguées par l’Espagne contre la langue catalane ( et même contre la sardane pendant le régime de Franco!) n’ont pu venir à bout de ce peuple qui, rappelons-le, était indépendant depuis que le roi de France Hugues Capet, en 988, refusa de lui venir en aide devant l’agression des troupes sarrazines ( selon les lois féodales de l’époque, le roi suzerain DEVAIT assistance à son vassal qui cessait de l’être si le roi ne remplissait pas son devoir).

Le règne des Bourbons, qui n’ont pas respecté cette procédure, est par conséquent illégal.( si tant est qu’une monarchie puisse être légale).

La discrimination qui depuis lors a frappé les catalans n’a jamais cessé: interdiction de leur langue, interdiction de commercer avec les pays d’Amérique du Sud conquis par la Castille ( ce qui a contribué malgré tout à son développement économique du fait qu’elle ne disposait pas de “l’or des Amériques” et devait donc travailler et entreprendre ce qui l’amena plus tard à réaliser à l’instar de l’Angleterre sa révolution industrielle).

La Catalogne est reconnue comme un des moteurs économiques d’une Espagne qui, d’évidence, n’a pas digéré la perte de ses dernières colonies en 1892 et s’est réfugiée dans un orgueil nationaliste blessé, symbolisées par ses images d’Epinal glorifiées par Franco: “La Fiesta Nacional” ( la corrida) et le Flamenco qui est l’expression folklorique ( que par ailleurs je peux apprécier) de la partie la plus méridionale de la péninsule.

Malgré ses images imposées par les différents pouvoirs madrilènes, la Catalogne , autonome ou pas, a continué à développer une société différenciée, non seulement par sa langue et sa culture mais aussi par sa façon d’être, plus européenne, plus démocratique dotée d’une grande capacité d’intégration.

N’oublions pas que l’un des mots d’ordre de l’Espagne franquiste était que l’ Espagne fût “antes roja que rota” (plutôt rouge que brisée). Le symbole le plus marquant en est l’éxécution le 15 octobre 1940 par les troupes franquiste du Président démocratiquement élu de la Catalogne: Lluís Companys que la police d’occupation allemande en France leur avait remis.

S’ensuit la longue nuit du franquisme que chacun connaît..A la mort du dictateur, une transition que la communauté internationale a trouvé bien commode de qualifier de démocratique, a permis d’installer sur le trône le succésseur désigné et éduqué par Franco: le roi Joan Carlos, et de faire adopter par référendum une constitution sous la menace à peine voilée d’une intervention militaire que le roi était, du fait précisément de sa légitimité franquiste, presque le seul à pouvoir en apparence freiner.

C’est au nom de cette constitution que le gouvernement des successeurs “démocratiques” du Généralissime ( ce gouvernement qui subventionne grassement une fondation à la mémoire du funeste allié d’Adolf Hitler qui lui apporta son aide notamment avec la fameuse Légion Condor et le bombardement de Gernika), veut interdire le référendum que le Président Artur MAS veut convoquer s’il obtient le 25 novembre prochain la seule légitimité qui vaille en démocratie: celle des urnes.

Les catalans du nord, et les citoyens français en général doivent faciliter l’internationalisation de cette question. La République qui a succédé aux rois de France doit permettre de corriger les errements de l’absolutisme Bourbon de 1714, les citoyens de la Ve République doivent se souvenir que le fondateur de celle-ci rappela au monde “le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”.

Les habitants de la Catalogne ( quelle que soit leur origine) sont soumis à une véritable spoliation fiscale systématique du gouvernement de Madrid qui ponctionne presque 10% du PIB mettant en péril les principaux acquis sociaux. C’est ce qui explique que le référendum soit soutenu non seulement par les partis catalanistes traditionnels mais aussi par des partis de gauche comme Iniciativa per Catalunya / verds ( qui rassemble communistes et écologistes ).

79% de la population catalane est favorable à la tenue du référendum. Tout démocrate, tout républicain ne peut que soutenir cette demande d’un peuple entier. Mais prenons garde: les gouvernements européens pourraient être tentés de considérer cette question comme une “ affaire interne à l’Espagne”. Dans l’Europe d’aujourd’hui cela n’est plus possible: chacun des états-membres s’est engagé à résoudre les problèmes par le dialogue et la démocratie ( art 7 du Traité de l’Union Européenne), l’Espagne a déjà proféré des menaces d’intervention armée( notamment au travers de plusieurs associations de militaires et du Colonel Alamán non démenties par le gouvernement de Madrid).

De grâce, soyons plus vaillants qu’en 1936 alors que , bien heureusement, la situation aujourd’hui n’exige pas de nous un courage aussi grand qu’alors.

Joan Pere Le Bihan

 

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