La Catalogne n’est pas ce que vous en dites!

Une réponse à l’article Catalogne: Danger!
À Marianne, « Journal des lecteurs »

Chers amis,

Au nom de ma fidélité à Marianne, et parce que je serais trop malheureuse d’avoir, par trop grande déception, à me désabonner de mon hebdomadaire préféré, je vous supplie d’arrêter de publier n’importe quoi sur la Catalogne.

On méconnaît si bien la question en France qu’il vous faudrait au moins lire, basicament, l’excellent livre de Pierre Vilar : « Le fait catalan ». Et surtout, je vous en supplie, quand vous prenez ce sujet : n’allez pas chercher vos informations à Madrid !

A Madrid, où gouverne en ce moment les gens du PP (Partido Popular) qui sont les purs héritiers de Franco. Ne le savez-vous donc pas ?

Dans votre dernier numéro, bien que vous ayiez pris la précaution de le présenter sous forme « d’entretien », le titre même, en gros, en noir et en gras, est d’une agressivité odieuse ((je n’ose le réécrire tellement il me fait mal…) Oui: odieuse, étymologiquement, car il y a de la haine dans les propos de cet Espagnol, comme il y en a sur sa figure et dans ses yeux.

Et tout est faux, dans son argumentaire ! Ou : à reverser sur lui-même. Ce qui est le comble. De la mauvaise foi.

Vous méconnaissez tellement la question, mes amis, qu’il y aurait trop à vous expliquer.

Déjà, physiquement, de par la géographie physique (et avant que l’automobile ou l’avion exist(ass)ent), la Catalogne et le  « reste » de la péninsule étaient séparés ; on disait: « Las Españas » pour désigner l’ensemble du territoire. De tous les fleuves espagnols », l’Ebre est le seul à déboucher dans la Méditerranée. Tous les autres : Duero, Guadalquivir, débouchent dans l’Atlantique ; c’est-à-dire que les « pentes » étant contraires, cela faisait deux territoires dos-à-dos. Deux Espagnes qui se tournent le dos. Physiquement déjà. Au départ. Cela explique aussi, en partie, la possibilité de cet Etat catalan de tout le Moyen-Age, qui a existé, en tant que Etat de droit et souverain, puissant et riche, qui a même dominé un temps en Méditerranée (Gênes, Naples, la Sicile, catalane de 1282 à 1556, puis espagnole jusqu’en 1860,   Athènes et Neopàtria), un Etat catalan qui n’a pas à rougir de sa brillante civilisation ou de sa littérature. Ramon Llull (1232-1316) a professé en Sorbonne sur quatre périodes (dont une prolongée sur 2 ans), invité par cette brillantissime Université de l’Europe de cette époque… Et je suis sûre que vous ignorez que c’est le Droit maritime catalan qui est encore en vigueur dans le monde entier. Combien de jeunes juristes français ai-je entendus étonnés d’apprendre la chose !

Ils ont peur à Madrid, bien sûr, et ils ont raison, parce que les Catalans, avec leur intelligence pragmatique et excellents juristes comme ils sont, viennent déjà de mettre sur pied, très méthodiquement, les institutions de ce futur Etat catalan européen. (Quand vous pensez que le Montenegro, et ses 300000 habitants, ont droit à leur indépendance, et on s’offusque qu’une riche Catalogne la demande, alors qu’elle l’a connue ?)

Il faudrait que je vous montre aussi que la péninsule, sur ses trois côtés, est comme une forteresse entourée de ses fossés d’eau (hautes murailles des Pyrénées au nord, hautes murailles de la Cordillera penibética au Sud (Sierra Nevada : 4500 m.) Quand vous avez franchi ces premières murailles, vous vous trouvez dans les deux seules plaines fluviales d’Espagne : celle de l‘EBRE qui forme tout le riche sol de la Catalogne et, au sud : celle du Guadalquivir. Ensuite, avant d’arriver au donjon central formé par les Castilles, il y a encore toute une couronne de petites chaînes montagneuses à franchir. Madrid est la capitale la plus haute d’Europe (ce que les profanes ne voient jamais non plus). A part la Suisse, l’Espagne est le pays le plus montagneux d’Europe. (Qui le voit, qui le sait ?) Et a été longtemps le plus pauvre. A l’exception de la CATALOGNE. Toujours à part.

Ce M. Elorza ose employer le terme de « totalitaire » !!!!!

Alors qu’il n’y a d’esprit républicain qu’en Catalogne ! Et prouvé.

Je suis indignée. Fatiguée. Pour reprendre les (faux) arguments de ce Monsieur Elorza : – qui a « la presse à la botte » sinon les franquistes PP !

Bien sûr que : -« les espagnols haïssent les catalans ». Bien sûr : ils le prouvent chaque jour. -« La Catalogne est soumise à une spoliation » ? Et comment ! Aux temps de Franco, elle payait les 85%  des impôts de toute la péninsule. C’est pareil maintenant. Spoliation, sur toute la ligne. Fiscalement et économiquement. Un exemple : ils ont construit 600 km d’autoroutes pour le reste de l’Espagne (surtout pour aller de la Castille à l’Andalousie) et 20 km en Catalogne. Voulez-vous que je vous envoie la carte ?

Ils s’acharnent contre la Catalogne comme s’y est acharné Franco (le seul criminel contre l’humanité qui n’ait jamais été inquiété). Quelle honte. Il a tué plus de gens encore en temps de paix qu’en temps de guerre.

Il y a tant et tant de choses que vous ignorez.

Quand, en avril 38, au cours de la guerre civile, la Catalogne est restée, en tant que républicaine, la seule région à résister à Franco, ce massacreur fasciste s’est acharné contre la Catalogne. Le gouvernement républicain s’était replié à Barcelona. Rien que sur le mois de décembre 38, Franco a fait pleuvoir, sur Barcelona, par l’aviation fasciste alliée italienne : un déluge de 144 bombardements. 144 !!! Ordres signés de la main de Franco, que vous pouvez voir, à Rome, dans un petit musée consacré à la dernière guerre. Et il demandait expressément que les avions visent bien, non pas « las fabricas » dont il avait besoin, mais les cités ouvrières pour y « tuer le nid du communisme ». En toutes lettres. Et les Catalans, affamés et paniqués, ont résisté, sous les bombes. Jusqu’au bout. Jusqu’à ce que Madrid capitule, le 30 mars (la seule ville qui ait aussi résisté jusqu’au bout).

Et puis ensuite, à la post-guerre, ça été l’acharnement moral, psychologique, économique. La prison dite « Model », de si sinistre mémoire (on y appliquait la mort par garrot!) a été le lieu de supplice créé par Franco à Barcelona (les Catalans sont en train de la détruire). Franco a décatalanisé, comme un fou furieux, tous les noms (je suis spécialiste -universitaire- en onomastique), même les noms des bars et cafés (c’est ahurissant tellement c’est idiot, l’abrutissement franquiste intégral). Et bien sûr : interdiction absolue de parler catalan (ceux à qui quelques mots échappaient dans la rue étaient « verbalisés », défense aussi de danser la sardane que les Catalans dansaient le dimanche… Les filles n’ont plus eu droit au même enseignement que les garçons. Il suffisait pour elles que, après la prière, obligatoire (toutes les écoles étaient pourvues d’un crucifix), elles sachent écrire leur nom et surtout : coudre, broder, cuisiner.

Alors que, sous les quelques années de la « República » (1931-1939) où la Catalogne a fonctionné avec les Institutions de sa « Generalitat’ », telle une République Catalane « fédérée » : les femmes avaient le droit de vote, le divorce avait été instauré, ainsi que le droit à l’avortement. Parmi les Catalans qui réclament aujourd’hui l’indépendance, beaucoup ont connu cette période. (Ils ont mon âge, et je suis là pour attester). Comment voulez-vous qu’ils ne réclament pas un juste retour de ces libertés qui sont leurs libertés acquises légalement, en 1931, par les urnes, et qu’ils vous croient quand vous leur dites que c’est une utopie ? Informez-vous aux bonnes sources.

Croyez-moi, si la Catalogne obtenait son indépendance, ce ne serait pas comme une grâce inopinée tombée du ciel avec les dernières pluies, ce ne serait qu’une simple RESTITUTION de ce qu’elle a été, et une RESTAURATION qu’on lui doit.

Elle a tout pour être un nouvel Etat indépendant dans l’Europe. Elle a toutes les richesses sur son propre sol, avec toutes les industries (elle a été la première à construire trois centrales nucléaires), elle a la mer (avec, à Barcelona, la plus grosse digue mobile de la Méditerranée, la seule qui permette aux gros cargos américains de débarquer). En 1934, Paul Valéry, en quittant Barcelona où il était venu invité au Congrès de l’International PEN Club (car il y a et il y a toujours eu d’excellents écrivains en Catalogne), Paul Valéry a déclaré : « Barcelona est un grand port qui pense ».

La langue catalane est (de toutes les langues dites « minorisées »), celle qui est la plus parlée en Europe. Et la France, soit en passant : est la seule à ne pas vouloir la reconnaître autrement que comme langue « régionale » alors qu’elle a, depuis la fin du franquisme : la co-oficialité en Espagne. Le catalan est parlé aujourd’hui par 13 millions de catalano-parlants, plus que de gens en Grèce, ou au Danemark, ou en Esthonie et Lithuanie, etc…

Ce professeur « complutense » est un dangereux haineux quand il ose dire que « une frange » de catalans est prête à « aller au carton »?! Et quel culot ! La vérité, c’est tout le contraire. Sitôt les catalans ont-ils parlé d’indépendance que, à Madrid, vite, vite : les PP franquistes ont brandi l’article 8 de la Constitution qui « autorise l’usage des armes quand l’indivisibilité du pays est menacée ». Cela rappellerait, hélas, l’idéologie de la noire Falange de Primo de Rivera qui n’admettait d’autre dialectique que « la dialéctica de los puños y de las pistolas »= la dialectique des coups de poing et des pistolets !!!!! Voilà leur idéal à ces Elorza et compagnie. Alors que les Catalans ont toujours prôné et prônent encore qu’ils ne veulent recouvrer leur indépendance (différemment des Basques) que par la légalité des urnes !!!

Et il ose parler de « jeune démocratie » ? Parce qu’il y a le leurre d’un semblant de suffrage universel ? Mais l’Espagne n’est qu’une monarchie constitutionnelle. Et avec les PP à la barre du gouvernement, on en reviendrait, sur certains points, au vocabulaire de l’Inquisition… Aurore Martin, cette pauvre idéaliste, qui n’a tué personne ni participé à aucun atentat, vient d’être arrêtée, pour « délit d’opinion », extradée et aussitôt emprisonnée à Madrid où elle est, en attendant son procès : INCOMUNICADA. C’est à dire : sans aucune possibilité de communication avec l’extérieur, ni même par écrit. Le même régime qu’aux temps de l’Inquisition.

Et ces belles âmes de: Almodovar, l’écrivain Mario Vargas Llosa (de mère catalane), le Pr. Antonio Elorza, qui s’insurgent contre une Catalogne légitime, ne lancent pas un manifeste contre de tels procédés ? Déshonorants, lorsqu’on a une conscience.

Je vous en prie, mes amis de Marianne, vous qui avez une conscience d’homme,    d’hommes intègres, et une conscience « politique », je vous en prie : rétablissez une juste mesure lorsque vous vous intéressez à la Catalogne.

Renée Portet (Perpignan)

Pardonnez-moi, mais il faut que je rajoute un petit bout d’histoire car ma gorge vient de s’étrangler d’indignation en relisant, dans votre p.59 : le gouvernement catalan veut « imposer un modèle totalitaire et xénophone ». C’est exactement le modèle politique des anti-catalans !

Qui ose parler de « totalitaire » quand ce sont eux, les PP franquistes, qui n’ont d’autre modèles que les Etats totalitaires fascistes avec qui ils ont été toujours associés ! Quant à être xénophobes, à peu près tous mes amis universitaires catalans sont, entre autres : arabistes et trouvent que nous ne sommes pas « assez tolérants » en France pour tout ce qui n’est pas « français ».

Totalitaire, la Catalogne ? Non mais, il faut oser ! Il est pire que Copé !

Petit rappel d’histoire :

                                    C’est de la Catalogne qu’est sortie la République en 1931

Les faits :

              – quand, aux élections de février 31, le pendule électoral s’est penché carrément à gauche, Alphonse XIII a alors abdiqué et a quitté l’Espagne.

-       l’Espagne s’est trouvé sans gouvernement.

– à Barcelona, le colonel Macià a alors proclamé la República catalana com a ESTAT integrat a la federació ibérica.

- la République espagnole ne sera proclamée à Madrid que le 14 avril suivant par Manuel Azaña.

-  Et les Catalans ont vécu, de février 31 à mars 39, sous le régime d’une République Catalane autonome intégrant, en tant que ETAT, la Fédération ibérique. (Avec les libertés que j’ai indiquées plus haut, spécialement vis-à-vis des femmes). Francesc Macià a été le premier Président de cette République-là.

Que peuvent-ils penser de vous ces Catalans (de mon âge) qui ont vécu cela, quand vous leur dites que c’est une utopie et que la Catalogne est un DANGER ???!!!

                            DANGER, pour qui ?

A qui une République des Libertés fait-elle peur ?  

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