La République Catalane… un rêve récent ?

1 – Rappel historique

Le 17 janvier 1641, Pau Claris , le président de la Generalitat
proclame la République catalane.

1 – Des racines anciennes…

Allons droit au but : les Catalans, durant leur riche histoire, ont déjà proclamé quatre fois la République Catalane. Il est impossible de comprendre la persévérance et la patience des Catalans si vous ne connaissez pas leurs institutions. En quelques mots, rappel pour les personnes qui les ont oubliées. (consultez la CARTA “En marche pour l’histoire“)

Tout commence avec la proclamation de la Trêve de Dieu à Toluges le 16 mai 1027 ; ce jour-là, le synode convoqué par l’abbé Oliba rassemblait des ecclésiastiques de l’évêché d’Elne, quelques seigneurs et des bourgeois : après des négociations probablement animées, Oliba instaure un jour et demi de paix dans l’évêché d’Elne ; une avancée extraordinaire dans une période troublée. Puis, en 1033 à Vic, le nouveau synode, convoqué par Oliba, fut enrichi par d’autres règlements consolidant la paix : le synode instaure quatre jours de paix par semaine et prescrit la protection des artisans, des commerçants et des terres agricoles. En 1214, après plusieurs autres synodes, à Lleida, il est décidé que les synodes ne seraient plus convoqués par un évêque mais par le comte de Barcelone : ainsi le nouveau nom du rassemblement se nommera « Corts Catalanes ». Ces Corts se réunissaient tous les trois ans ; les députés (toujours des nobles, des clercs et des bourgeois) rédigeaient les lois écrites et votaient, éventuellement, le montant des impôts extraordinaires espérés par le comte-roi. En 1359, à Cervera, les Corts Catalanes instaurent un gouvernement qui siègera à Barcelone : c’est la Generalitat ; ce gouvernement est constitué de trois personnes (un président qui est toujours un ecclésiastique, puis un noble et un bourgeois) ; avec le temps, ce gouvernement prendra de plus en plus de pouvoirs. Ce système sera repris en Aragon et à Valence. Ainsi se constituera la « Confederació Catalunya-Aragó-València ».

2 – Un tournant…

Mais le destin frappera la Catalogne lorsque, faute d’héritier catalan, c’est le roi de Castille qui, en 1516, régnera sur deux entités au système politique totalement opposé : la Castille avec son fonctionnement autoritaire, centralisé, sans parlement et la Confédération qui vivait depuis très longtemps sous une monarchie constitutionnelle. Peu à peu, les souverains castillans exigeront que les Catalans vivent comme les Castillans « sans aucune différence » ; certes il y avait un problème de langue, mais plus profond, deux philosophies de gouvernement inconciliables.

3 – En 1641 – Première proclamation de la République Catalane.

Excédé par les Catalans qui rappelaient qu’ils avaient une constitution écrite et une langue différente du castillan, le roi de Castille Philippe IV envahit la Catalogne. 

Le 17 janvier 1641, Pau Claris , le président de la Generalitat proclame la République catalane.

 Le 23, il demande l’aide militaire à Louis XIII, roi de France ; le traité est clair : il s’agit d’un changement de souverain dans lequel toutes les « Constitucions de Catalunya » sont maintenues ; en fait, pour les Catalans, on passe sous le règne d’un autre souverain. Le 26 janvier, les Castillans sont battus à Montjuïc. Un mois plus tard, Pau Claris disparaît. Mais, Louis XIII ne respecte aucun des chapitres du traité qu’il avait signé. De son côté, en 1652, Philippe IV s’engage à respecter les « Constitucions de Catalunya ». A la fin d’une guerre européenne, nous arrivons au traité des Pyrénées de 1659. En fait, cette première république n’aura duré que quelques jours. Il faut dire que le contexte général violent et guerrier était totalement défavorable.

4 – En 1713 – Projet d’une République Catalane…  

Pau Ignasi de Dalmases i Ros – Ambassadeur

Après le traité des Pyrénées de 1659, les Catalans s’affairent. De cette intense activité diplomatique, le « Consell de Cent de Barcelona » (Conseil Municipal) écrit un projet. Ce sont les instructions du 23 mars 1713. Du dossier complet qui compte six points, j’ai retenu le paragraphe n° 5 :

 

« …que aquest Principat, junt amb lo Rosselló i Cerdanya i demés dependents d’aquell, quede República a part baix la protecció de l’augustíssima Casa d’Austria… » (…que la Prin- cipauté de Catalogne, unie avec le Roussillon et la Cerdagne et de plus dépendants de la Principauté, devienne une République sous la protection de l’auguste Maison d’Autriche…)

Des diplomates iront porter la bonne parole dans les cours royales. L’un d’eux sera Pau Ignasi de Dalmases ; il a une longue expérience cosmopolite et une vaste culture. Arrivé à Londres, Dalmases rencontre la reine Anne Stuart ; puis il poursuit sa tournée des cours royales. 

5 – En 1931 – Deuxième proclamation de la République Catalane.

Le 12 avril 1931, Francesc Macià,
proclame la République Catalane

Le 18 mai 1869, des responsables favorables à une république, dans un système de fédération, se réunissent ; ils veulent dans le « Pacte Fédéral de Tortosa » restaurer la Confédération dans le cadre de l’Etat Républicain de l’Espagne ; les signataires représentent la Catalogne, l’Aragon, les îles Baléares et le pays Valencien (l’ancienne confédération). 

En 1873, le roi d’Espagne quitte son trône ; en février la République d’Espagne est proclamée. Suite aux élections municipales, Francesc Macià proclame la République Catalane : c’est l’Etat Catalan. Son parti l’ERC (gauche républicaine catalane) remporte les élections. Mais le camp de Macià hésite entre l’indépendance et l’autonomie au sein de l’Espagne. Quatre jours plus tard, Macià se montre conciliant. Son projet : une confédération des peuples ibériques. Macià sera le président de la Generalitat jusqu’à sa mort en 1933.

6 – En 1934 – Troisième proclamation de la République Catalane. 

Le nouveau président de l’ERC est Lluís Companys. Il est élu président de la Generalitat. Mais la guerre civile éclate avec Franco. Lluís Companys doit s’exiler et il s’installe en France. Arrêté par la Gestapo et transféré à Barcelone : il est jugé et condamné. Il est fusillé à Montjuïc le 15 octobre 1940.

 

7 – En 2017 – Quatrième proclamation de la République Catalane.

Suite au référendum du 1° octobre 2017, Carles Puigdemont, président de la Generalitat, annonce que le peuple a décidé que la Catalogne devrait devenir un Etat indépendant sous la forme d’une république… mais voulant faire un geste « diplomatique » envers Madrid, cette déclaration est suspendue pour entamer des négociations.

Carles Puigdemont, président de la Generalitat

Le 27 octobre, le Parlement de Catalogne passe aux votes : sur 135 députés, 70 voix pour, 10 contre, 2 blancs et 53 abstentions; une motion déclarant que la Catalogne devient un Etat indépendant est adoptée. Le même jour, Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol prononce la dissolution du Parlement Catalan et la destitution du président de la Generalitat. Puis suivent les emprisonnements et les exils d’élus catalans. En octobre 2018, un « Conseil pour la République » est créé dans le but de rendre la déclaration d’indépendance effective.

 

Voilà résumé en quelques lignes les diverses péripéties de ce long cheminement semé d’embûches. Sur les quatre déclarations 1641, 1931, 1934 et 2017, laquelle commenter ? La première en 1641, la plus inattendue à l’époque ; la troisième 1934, la plus poignante puisque le président a été fusillé ; la quatrième avec Carles Puigdemont, nous vivons encore l’épisode. Je vais donc développer la troisième : celle de Francesc Macià, qui a eu, à l’époque, un retentissement international.

2 – Francesc Macià

Francesc Macià
« L’Eveil Catalan », un journal de Perpignan, va l’interviewer à Paris, sous la plume de Pierre Francis (1886-1973).

1 – Ses premiers gestes…

Francesc Macià est né en 1859 à Vilanova i Geltru. Après une brillante carrière militaire, il obtient le grade de colonel. Il est élu député de 1914 à 1923. Il fonde en juillet 1922 le parti séparatiste catalan : « Etat Catalan ». Dès la dictature de Primo de Rivera au pouvoir à Madrid où règne Alphonse XIII, Macià se sent menacé et vient en octobre 1923 à Perpignan, puis voyage dans le midi de la France. Pour Macià il s’agit de mettre en place un gouvernement en exil ayant comme objectif : chasser le dictateur Primo de Rivera et prendre le pouvoir en Catalogne.

En voici quelques extraits où transpire un élan catalaniste :

« Les mains tendues M. Macià nous a donné l’accolade, affectueux et reconnaissant des modestes articles que l’Eveil lui a consacrés. Il n’a pas oublié les Roussillonnais chez qui il trouva asile lors du coup d’Etat de Primo de Rivera le 13 septembre 1923, ceux qui veillèrent sur sa personne contre laquelle en terre française s’acharnaient encore les sbires du dictateur. On n’endigue pas la volonté d’un peuple nous dit Macià, on ne cadenasse pas une langue, on n’anéantit pas une race. Le peuple est avec nous, les classes moyennes encore craintives et timorées, ignorantes de la sociologie moderne reculent pour mieux sauter. »

Le roi Alphonse XIII et Primo de Rivera

En 1924, les Jeux Floraux ayant été interdits à Barcelone, ils se déroulent à Toulouse. Les autorités françaises s’inquiètent de cette situation explosive et demandent à Francesc Macià de s’installer à Paris. C’est en personne que le maréchal Joffre va le recevoir accompagné de V. Gassol, le conseiller à la culture catalane, Fontbernat et d’autres personnalités ; une magnifique réception rassemble tout ce beau monde sous les accords de la Cobla de la Bisbal.

Cette fête exclusivement catalane avait dû attendrir Joffre :
il montre à toute l’assemblée la prestigieuse bandera
des Volontaires Catalans de 14-18 conservée aux Invalides.

- Parenthèse pour ceux qui l’ignorent. Durant la guerre de 14-18, l’Espagne était restée neutre. Mais, la Catalogne avait recruté quelques milliers de volontaires catalans pour soutenir les armées françaises… en espérant une reconnaissance de l’Etat Français à la fin de la guerre : mais leur sacrifice a été vain.-

En octobre 1925, Macià fait un séjour en Union Soviétique… mais sans résultat. Il comprend alors qu’il ne peut compter que sur lui-même et le peuple catalan.

Durant l’été 1926, Primo de Rivera fait une visite officielle à Paris. Lisons le compte rendu de l’infatigable Pierre Francis publié dans l’Eveil Catalan.

« On sait que l’arrivée de Primo de Rivera fut acclamée par une bordée de sifflets… Primo arriva en voiture fermée à l’Etoile. Personne ne put le voir, mais les sifflets et les cris hostiles formèrent aussitôt un concert désagréable sur son passage. Des bagarres s’ensuivirent au cours desquelles 200 manifestants furent arrêtés… tous furent plus ou moins maltraités. Il est, à ce propos, amusant de constater que la police républicaine moleste ceux qui manifestent pour la République contre une dictature royale ».

2 – Le « complot de Prats-de-Mollo »

Avec l’aide de capitaux catalans venus des Amériques, Macià avait préparé un coup de main armé pour libérer tout d’abordbla Catalogne, et plus tard les autres peuples « ibériques » ; il veut instaurer une République en Espagne. Il avait avec lui un millier d’hommes qu’il espère rassembler à Prats-de-Mollo : des catalanistes, quelques Italiens et des antifascistes qui suivent un entraînement sérieux avec le matériel approprié. Prévu le 4 novembre 1926, le « complot de Prats-de-Mollo » fut dénoncé par un proche de Macià : la police française arrête une centaine de conjurés (certains d’Estagel, de Millas…). L’émotion est grande en Roussillon. La presse locale de Perpignan tente de limiter les dégâts, elle publie le 3 novembre : « A Paris, fonctionnait un bureau de recrutement pour le corps expéditionnaire de Catalogne. Une foule de sans-travail qui encombrent le pavé de la capitale, italiens, espagnols, anglais, américains, etc. s’envolèrent heureux de trouver des subsides en attendant une expédition d’un caractère romanesque ». Evidemment, article mensonger…

Le préfet reçoit un télégramme du Ministère de l’Intérieur : « l’agitateur séparatiste Macià est en Roussillon. Prière de l’arrêter ». Macià, l’année de ses 67 ans, est donc incarcéré : le complot de Prats-de-Mollo est mort dans l’oeuf. La police découvre un arsenal d’armes. Aussitôt, le préfet interdit sous peine de sanction grave, toute manifestation catalaniste à Perpignan. Le 16 novembre, l’Indépendant imprime les confidences d’un inculpé : « Beaucoup d’entre nous ont été expulsés d’Espagne pour leur action politique. Que voulez-vous, nous sommes des nationalistes catalans, oui, uniquement des nationales Catalans. Parmi nous, il n’y a ni gauche, ni droite. Nous voulons d’abord créer l’Etat libre et après, nous nous occuperons de la politique intérieure… Il faut le dire et le répéter, nous ne sommes pas Espagnols, nous sommes Catalans. Nous voulions une République libre et créer ainsi aux côtés de la France une deuxième petite Belgique. Mais cela n’est rien. Nos frères d’Amérique nous aideront encore ».

Les conjurés ne seront pas jugés à Perpignan, mais à Paris. L’Eveil Catalan note une confidence : « un policier, plein de rondeur, et ayant le sens exact des chose, nous déclarait : nous préférons cent fois avoir affaire à des bandits qu’à des idéologues. Avec les premiers, aucun ménagement ; avec les seconds, noblesse d’esprit oblige ».

 

Et maintenant lisons la presse.

 

Combat. (Paris) « Il n’y a pas longtemps, une association catalane arrivée de Barcelone à Paris et comprenant nombre d’anciens volontaires de la Grande Guerre, se dirigea vers l’Arc de Triomphe pour déposer une gerbe de fleurs sur la tombe du soldat inconnu. Tous portaient à la boutonnière l’insigne régional et marchaient la bannière catalane déployée. Aussitôt, la police française se précipita, exigeant la disparition des emblèmes séditieux. Celui qui portait la bannière était un ancien volontaire de la Grande Guerre. Il murmura avec amertume : les Allemands n’ont pu nous la faire replier à Verdun et maintenant, on nous demande de le faire ».

Paris-Soir.

« Des policiers les ont arrêtés. Car entre cette jeunesse généreuse, éprise de liberté « démocratique » et le trône espagnol où s’affale le macaque couronné assassin de Ferrer, ainsi que le grotesque soudard de Rivera, la République française, fille de 1789, la Marianne issue de la Révolution, la France des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’a pas hésité une minute : elle a choisi le trône d’Espagne ».

« La France » de Bordeaux.

« Le Castillan conquérant est plutôt monarchiste ; le Catalan plus méditerranéen qu’espagnol, est républicain. La Catalogne s’était donné comme mission de régénérer l’Espagne. Rien n’a changé. A Barcelone, on pense que Madrid n’est pas un cœur qui lance le sang dans les organes du pays, mais un estomac qui engloutit, sans profit pour personne, toutes les ressources ». 

Le « Vossische Zeitung » de Berlin publiait un long article. 

« La Catalogne est depuis toujours le tourbillon de l’Espagne. La race catalane, douée d’un langage et d’une culture différente du reste de l’Espagne, a toujours eu des tendances séparatistes… Les Catalans reprochent à l’Espagne de subsister à leurs dépens. La formation récente du libre Etat Irlandais ainsi que l’idée d’une autonomie possible, raniment l’espoir. Le Directoire militaire de Primo de Ribera s’est proposé d’anéantir le mouvement séparatiste en Catalogne ».

 

3 – Revenons au procès.

Le 20 janvier 1927, il ne restait plus que 18 inculpés sur le banc des accusés; les autres bénéficiant d’un non-lieu avaient été expulsés en Belgique qui les accueillit chaleureusement. Les déclarations de Macià sont reprises par les journaux de l’Europe : « Nous sommes les citoyens d’un peuple qui a été libre et qui veut à nouveau l’être. Nous voulons, avec notre liberté, la liberté de tous les autres peuples d’Espagne, lesquels souffrent , comme nous, de l’esclavage de l’Espagne officielle… nous acceptons tous les liens fédéralistes au sein de l’Espagne ».

L’avocat Torrès mérite d’être cité : « Cher colonel Macià, mon grand, noble et fervent ami… vous êtes un personnage mythique, comme un héros échappé des romans de chevalerie… pur idéaliste. » Macià sera donc pour beaucoup le chevalier des idéaux. L’opinion publique se rangea derrière Macià ; pour la comtesse de Noailles, Macià est le « chevalier de l’idéal » ; Blasco Ibanez exprime son soutien ; un typographe de Madrid déclare « Macià n’est pas contre les ouvriers, mais contre un régime oppresseur… » Un autre « je ne suis ni Catalan, ni séparatiste, mais nous voulons une Catalogne libre dans une Espagne libre… » Le très sérieux journal anglais « The Illustrated London News » annonce que Macià est l’homme de la semaine. 

A droite, on reconnaît Francesc Macià, très attentif.

L’avocat Torrès mérite d’être cité : « Cher colonel Macià, mon grand, noble et fervent ami… vous êtes un personnage mythique, comme un héros échappé des romans de chevalerie… pur idéaliste. » Macià sera donc pour beaucoup le chevalier des idéaux. L’opinion publique se rangea derrière Macià ; pour la comtesse de Noailles, Macià est le « chevalier de l’idéal » ; Blasco Ibanez exprime son soutien ; un typographe de Madrid déclare « Macià n’est pas contre les ouvriers, mais contre un régime oppresseur… » Un autre « je ne suis ni Catalan, ni séparatiste, mais nous voulons une Catalogne libre dans une Espagne libre… » Le très sérieux journal anglais « The Illustrated London News » annonce que Macià est l’homme de la semaine.

Bref, deux jours plus tard, tous les accusés sont acquittés mais ils sont expulsés en Belgique, c’est-à-dire encore plus loin de leur Catalogne.

4 – L’internationalisation du cas des Catalans…

Mais ce fut un extraordinaire tremplin de propagande. Macià dira « nous voulons une République catalane indépendante qui soit pour vous [les Français] une Belgique pyrénéenne » et il ajoute « Perdent, guanyarem », c’est-à-dire « perdant, nous gagnerons. »

Macià voyage dans plusieurs pays d’Amérique latine à la rencontre des communautés catalanes qui l’avaient financé. Dès lors, les Catalans cherchent ceux qui pourraient les soutenir. Stresemann, ministre allemand des Affaire Etrangères, lauréat Prix Nobel de la Paix en 1926, montrera un intérêt pour la cause. Et Pierre Francis de l’Eveil Catalan note bien la contradiction dans son article « la question des minorités ».

Ecoutons-le : « nous assistons à ce douloureux paradoxe de voir nos anciens ennemis se faire les défenseurs des petits peuples, alors que la France, de qui ces mêmes peuples attendaient tant, demeurait silencieuse… cependant la Catalogne n’est pas germanophile : elle l’a pleinement montré pendant la guerre… Si aujourd’hui elle fait risette à M. Stresemann, c’est qu’elle ne voit pas en lui un allemand, mais seulement le messager de paix qui promet de lui apporter la solution du conflit… »

Puis s’adressant aux Catalans du sud, Pierre Francis ajoute : « Il n’est peut-être pas trop éloigné le jour où vous pourrez chanter sans contrainte : Catalunya Comtat gran, ha tornat ser rica i plena ». 

5 – Retour à Barcelone.

Macià porte le nom populaire de l’Avi (grand-père)

Primo de Rivera démissionne en 1930, Macià retourne à Barcelone en février 1931, où il reçoit un accueil délirant. Le 19 mars, son parti fusionne avec le Parti Républicain catalan de Lluís Companys. Ainsi est fondé l’ERC (Esquerre Republicana de Catalunya). Aux élections l’ERC remporte largement les élections, bien qu’étant un nouveau parti sans cadres. Le quotidien La Vanguardia publie : « L’Espagne est morte ! Vive les Espagne ! » Le 12 avril 1931, Francesc Macià proclame la République Catalane. Pour célébrer l’événement, Pau Casals organise un concert à Montjuïc.

Le roi Alphonse XIII quitte l’Espagne et la République d’Espagne est proclamée. Quatre jours plus tard, le 17 avril, pour sauver le régime républicain en Espagne, les Catalans acceptent que cette nouvelle république catalane devienne la « Generalitat » avec statut spécial : on renoue avec l’ancien et prestigieux titre « el govern de la Generalitat » fondé en 1359. Alors commence une longue période de tractations avec le gouvernement de Madrid et aussi avec les responsables des autres régions.

Le 12 avril 1931, du haut du balcon de la Generalitat,
Francesc Macià proclame le République Catalane.

Dès lors, Macià va de ville en ville où il reçoit un accueil triomphal. On lui demande de parler ; il répond « perquè volen que parli ? Si ja m’han vist ! » (Pourquoi veulent-ils que je parle… puisqu’ils m’ont vu ¡) En fait cet homme au magnétisme magnifique qui attirait les foules, n’était pas un grand orateur en public.  

Au plébiscite, le statut d’autonomie est accepté à 98% par les municipalités.

Finalement le 9 septembre 1932, Francesc Macià, 122ième président de la Generalitat, s’exclame dans une formule enthousiaste :

« Catalunya, pot ser ja politicament lliure, socialment justa, ecónomicament prospera, espiritualment gloriosa » 

Francesc Macià quitte ce monde le 25 décembre 1933. Il a été un homme charismatique devenu une véritable icône. Il a prolongé le chemin creusé par ses prédécesseurs, qu’ils soient célèbres ou anonymes. Pour Macià, ce chemin aboutira à l’indépendance ; indépendance attendue actuellement par beaucoup de Catalans dont la ferveur flotte dans les rues des villes. Nos ancêtres, aussi lointains soient-ils, peuvent être fiers de l’attitude digne des Catalans d’aujourd’hui.

« Ne jamais abandonner, toujours espérer » 

Francesc Macià repose au cimetère de Montjuïc.

A sa mort, ses conseillers font embaumer son cœur. Il a été conservé soigneusement au « Palau de la Generalitat ». Sous la dictature franquiste, le cœur a été emmené par le président en exil Josep Tarradellas. En 1979, il a été restitué à la famille Macià.

Joan Villanove