indignation et demande de mise au point à l’Obs pour la publication des supercheries de J. Marías

Alà Baylac-Ferrer s’indigne et fait une mise au point;

Madame, Messieurs,

Je me permets de vous écrire pour vous manifester mon indignation pour la publication dans vos colonnes de propos relevant plus de la propagande, de la désinformation et de la diffamation que du journalisme. Votre revue n’est pourtant pas coutumière de ce genre de pratique. C’est même pour votre ligne éditoriale, vos valeurs et votre rigueur que j’en suis un lecteur assidu.

Je fais référence à l’interview intitulée « Nos politiciens sont médiocres et irresponsables » dans L’Obs du 16-22 avril, dans laquelle Javier Marías profère mensonges, contre-vérités et propos offensants sans qu’aucune remarque ni commentaire ne soient faits par l’interviewer. En particulier le « grand écrivain espagnol » désigne le gouvernement catalan et son président (Artur Mas en 2012) comme les responsables de l’état catastrophique du système de santé …espagnol ! Pour qui connait un tant soit peu la réalité catalane et espagnole, il n’est pas difficile de montrer que d’une part les autorités catalanes n’ont ni les pouvoirs ni les finances pour avoir une quelconque influence sur les instances espagnoles et que d’autre part c’est justement le pouvoir central espagnol qui asphyxie littéralement depuis des décennies l’autonomie catalane. Ce qui a obligé précisément le gouvernement catalan d’Artur Mas, dans la situation de crise économique, à des restrictions budgétaires rigoureuses et douloureuses. Comble du cynisme ou de la malhonnêteté de l’interviewé.

Quant au délire de Marías sur le soi-disant « totalitarisme de l’indépendantisme catalan » et la liberté du royaume d’Espagne, il doit être sujet à quelque accès de confusion mentale, à moins qu’il ne déploie ici une des nombreuses variantes des campagnes payées par le gouvernement espagnol pour essayer de redorer l’image de l’Espagne et diffamer les indépendantistes catalans (cf. les insanités proférées par José Borrell…). M. Marías qui vit en Catalogne sait parfaitement que c’est la police espagnole qui a délibérément matraqué les électeurs pacifiques lors du référendum démocratique sur l’indépendance de la Catalogne le 1er octobre 2017 faisant plus d’un millier de blessés. Il occulte, plus qu’il n’oublie, qu’au terme d’une parodie de procès, l’Espagne a condamné l’an dernier à des peines allant jusqu’à 12 ans de prison les membres du gouvernement catalan, la présidente du Parlement de Catalogne et les présidents des deux principales associations indépendantistes ; leur seul ‘méfait’ est d’avoir manifesté pacifiquement et d’avoir organisé un référendum. Sans parler des exilés catalans en Belgique, en Suisse, en Écosse – le président Puigdemont, plusieurs de ses ministres, des femmes politiques, des chanteurs – obligés de vivre loin des leurs et de leur pays pour échapper à une justice inquisitoriale (en plein 21ème siècle et au cœur de l’UE). 

Si J. Marías était honnête, ou s’il savait lire (il n’y a qu’à parcourir les textes de lois votés en Catalogne, les articles et les livres des leaders et responsables politiques catalans), il dirait le caractère absolument démocratique, pacifiste, respectueux de la liberté d’expression et de la justice sociale, irréprochable et généreux du mouvement indépendantiste. Son aveuglement idéologique ou sa manipulation délibérée vont jusqu’à nier la recrudescence franquiste en Espagne alors que le parti néo-fasciste Vox fait une entrée en force aux Cortes et que le PP n’a même plus de scrupules à passer des alliances avec lui pour gouverner plusieurs régions. Et le summum est atteint lorsque le « grand écrivain » traite pratiquement Pablo Iglesias, leader de Podemos et actuel vice-président du gouvernement espagnol, allié de Sanchez et du PSOE, de dictateur (« nettement autoritaire, et aucunement démocrate »). Cette dernière calomnie au moins aurait dû vous mettre la puce à l’oreille. 

J’espère que vous trouverez le moyen de faire une mise au point et à tout le moins d’éviter à l’avenir de diffuser de semblables affabulations auprès des lecteurs français qui ne sont pas spécialement avertis, ni suffisamment connaisseurs de la réalité espagnole pour démasquer de pareilles supercheries.

Restant à votre disposition, recevez nos salutations respectueuses. 

Alà Baylac Ferrer
Institut Franco-Catalan Transfrontalier
Université de Perpignan 

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L’Obs, 16-22 avril 2020

Interview de Javier MARÍAS par François ARMANET

« Nos politiciens sont médiocres et irresponsables » 

Q : « Comment voyez-vous la situation et comment jugez-vous l’action du gouvernement ? »

JM : « … Nous payons la facture des grandes coupes budgétaires dans le domaine de la santé que, à l’exemple de la Généralité de Catalogne, d’autres ont opéré depuis 2012. (…) Le système de santé espagnol a été a moitié démantelé (j’insiste : c’est en Catalogne, sous la responsabilité d’Artur Mas, président à l’époque, que les coupes budgétaires ont été le plus draconiennes)… ».

Q : Les militaires sont dans les rues avec des pouvoirs de police, les opérateurs téléphoniques font de la surveillance ; est-ce que les mesures sécuritaires ne ravivent pas pour les Espagnols de terribles souvenirs du franquisme ?

JM : « … À l’étranger, on a, de manière incompréhensible, laissé filtrer la propagande catalane qui cherche à montrer l’Espagne comme un pays encore franquiste. Et bien non, les libertés y sont exactement les mêmes qu’en Italie, en France ou en Allemagne. Et même encore plus grandes sur certains points. Sans aller plus loin, ce n’est pas partout que les partis indépendantistes seraient autorisés par la loi et, ici, ils le sont. Je ne vois pas comment un mouvement aussi totalitaire que l’indépendantisme catalan a pu leurrer autant et dans de telles proportions. La « République » qu’il préparait en 2017 faisait dépendre la justice du gouvernement, elle limitait la liberté de la presse, prétendait établir des listes de « sympathies » et d’«antipathies»… Tout cela évoquait davantage une dictature in petto qu’un régime démocratique. D’ailleurs, plus de la moitié de la population catalane, celle qui n’est pas indépendantiste, est déjà traitée comme une population de seconde classe ; ce qui fait que pour le moment, et par chance, il n’y a aucune réminiscence du franquisme. Et cela bien que nous ayons affaire à un vice-président, Iglesias, nettement autoritaire, et aucunement démocrate (…) ». 

Alà BAYLAC FERRER
Director de l’IFCT – Universitat de Perpinyà
Casa dels Països Catalans
Centre de recerca CRESEM / Estudis Catalans
Institut d’Estudis Catalans – Barcelona

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