Negociations laborieuses des socialistes espagnols

avec les indépendantistes pour essayer de former un gouvernement

Plus d’un mois après le résultat des 4ème élections législatives en Espagne en quatre ans, les socialistes espagnols ont fini par s’assoir à la table des négociations avec les indépendantistes catalans, sans toutefois parvenir pour le moment à obtenir leur appui pour former un gouvernement.

L’Espagne n’est pas encore prête d’avoir un gouvernement avant plusieurs semaines. Les négociations sont lentes et laborieuses entre les socialistes et les indépendantistes catalans pour parvenir à un accord qui permettent à Pedro Sánchez de pouvoir compter sur une majorité qui lui garantisse une majorité suffisante pour gouverner. Les couleuvres sont difficiles à avaler pour les socialistes et les ennemis d’un gouvernement socialiste-Podemos-indépendantistes sont légion, et pas seulement dans les rangs de l’opposition de droite et d’extrême droite (PP, Ciudadanos et Vox).

Le dialogue impossible dure depuis un mois

Le nombre insuffisant de députés obtenu a obligé les socialistes à conclure un accord avec Podemos, ce qui a été fait en 48h malgré la violence de l’affrontement pendant la campagne électorale. Mais le contentieux avec les Catalans est autrement plus ardu à surmonter. L’objectif déclaré du gouvernement catalan et de la majorité du Parlement de Catalogne est toujours l’indépendance et la reconnaissance de la République Catalane ou du moins l’autodétermination. Le gouvernement de Puigdemont vient d’être lourdement condamné par les tribunaux espagnols (100 ans de prison pour les 9 prisonniers politiques), 7 ex ministres catalans et hommes et femmes politiques sont toujours en exil (en Belgique, en Écosse, en Suisse) et sont toujours poursuivis par la justice espagnole. Pour les socialistes, alignés sur la droite espagnole, la situation rend tout dialogue impossible. Malgré cette position de principe et les énormes pressions du monde politique espagnol, des institutions et de certains secteurs au sein même du parti socialiste, Sánchez s’est vu contraint depuis un mois d’entamer un dialogue – jusqu’ici impossible et dénoncé comme le diable – avec les indépendantistes.

Premier coup de téléphone au président catalan

Parmi les exigences des Catalans, la reprise du dialogue institutionnel jusque-là refusé par les Espagnols. Sánchez vient d’annoncer mercredi 11 décembre qu’il allait prochainement avoir un contact téléphonique avec le président catalan Quim Torra. Il se vantait jusqu’à présent de refuser de prendre ses nombreux appels. Il a cependant camouflé d’avoir cédé en annonçant qu’il allait appeler …tous les présidents des régions pour échanger sur l’investiture. Une manière d’éviter d’avouer qu’il allait téléphoner au président catalan. Mais au-delà des déclarations et des attitudes destinées à sauver la face, il n’en reste pas moins que le dialogue réclamé par les indépendantistes depuis des années a effectivement commencé et dure depuis un mois entre représentants de Junts per Catalunya et Esquerra Republicana de Catalunya, et les socialistes. Reste la lenteur des débats et la difficulté de rapprocher des positions tellement éloignées.

Quels termes pour un accord de gouvernement ?

Les négociations sont d’autant plus difficiles que les indépendantistes ont peu intérêt à apporter leur soutien à ceux qu’une bonne part de l’opinion catalane et de leurs propres électeurs perçoit comme des ennemis, au minimum comme les bourreaux des élus exilés et emprisonnés. Les demandes sont toujours la fin de la répression (des centaines de Catalans sont toujours poursuivis par les tribunaux espagnols, une vingtaine de militants toujours en prison préventive, en sus des condamnés et des exilés), le dialogue politique en vue d’un référendum d’autodétermination, l’amnistie pour les prisonniers politiques. Les socialistes répondent qu’ils ne discuteront de rien d’autre qui ne soit dans les limites de la constitution et de la légalité espagnole… Il est question d’accepter de négocier la cession des compétences des transports ferroviaires et aéroportuaires, d’améliorations du financement… Le dialogue, même laborieux, est donc certes engagé, mais ne devrait pas aboutir rapidement sur une investiture. Les indépendantistes ne sont pas pressés de manifester leur soutien à Sánchez sans obtenir des garantis et un progrès réel dans le « procés » (processus) vers l’indépendance au moyen de l’autodétermination.

Le roi reçoit tous les partis

Le roi d’Espagne a reçu cette semaine les représentants de tous les partis – y compris l’extrême droite de Vox – et a chargé Sánchez de tenter de former le prochain gouvernement. Celui-ci ne devrait pas y arriver avant plusieurs semaines et après plusieurs tours de scrutin au Congrès des députés. ERC qui constitue avec ses 13 députés la pièce clé qui permettrait le gouvernement de Sánchez continue de s’en tenir à son vote NON en absence de geste concret et si les socialistes campent sur leur position immobiliste. Ce week-end les socialistes en congrès à Barcelone faisaient encore pression en menaçant les indépendantistes de ne pas s’engager dans la voie du dialogue pour résoudre la crise institutionnelle si ERC ne soutenait pas au plus tôt un gouvernement de Sánchez. José Luis Ábalos, secrétaire du PSOE déclare que « le moment est venu et qu’on ne sait pas s’il y aura d’autres opportunités de dialogue ». Alors que la vice-présidente espagnole Carmen Calvo tient le rôle de la fermeté en réitérant déclaration après déclaration qu’il n’y a rien à négocier sur la souveraineté de la Catalogne et que les socialistes ne se soumettent à aucune révolution ni à aucune imposition.

Députés / 350

Socialistes

120

34,3 %

Podemos

35

10 %

Autres gauche

3

0,9 %

Parti nationaliste basque

6

1,7 %

Esquerra republicana de Catalunya

13

3,7 %

183

50,6 %

 

Le régime de détention des prisonniers politiques en discussion

La semaine a par ailleurs connu un épisode de tension entre indépendantistes lorsque les services pénitentiaires de Catalogne ont proposé d’accorder le statut de 2ème degré sur les trois possibles aux prisonniers politiques, ce qui ne leur permet pas de sortir ni de bénéficier de semi-liberté. Les positions entre Junts per Catalunya (partisan d’un assouplissement rapide de la détention mais probablement contesté immédiatement par les tribunaux) et ERC qui a préféré ne pas se prononcer et opter pour une voie moins directe mais moins contestable par les juges, ont mis en évidence le manque d’unité entre les deux principaux partis. Junts per Catalunya qui réunissait cette semaine à la Casa de la República de Waterloo les présidents Puigdemont, Torra et ses responsables politiques, s’oriente plutôt vers un NON définitif à la candidature de Sánchez (Junts per Cat ne compte que 8 députés au Congrès espagnol et les socialistes n’auraient pas besoin de ces voix…).

 Alà Baylac-Ferrer