Macromanifestation pour l’indépendance à Barcelone

Dépêches de Catalogne (14/9/2019) n°83

Macromanifestation pour l’indépendance à Barcelone : 10% de la population de Catalogne dans les rues pour la fête nationale

Dix ans après le début du « procés independentista » (processus pour l’indépendance), 10% de la population de Catalogne, soit quelques 750 000 personnes sont à nouveau descendues dans la rue à l’occasion de la Diada, la fête nationale de Catalogne, le 11 septembre, pour manifester leur soutien à l’objectif toujours non finalisé du mouvement souverainiste, la reconnaissance de l’indépendance de la Catalogne Sud. Alors que la presse espagnole et les partis espagnolistes tentent de faire diversion en rabâchant que le mouvement indépendantiste s’essouffle et que le nombre de manifestants n’a jamais été aussi faible (sic), que les partis indépendantistes sont divisés et se trouvent dans une impasse, la société catalane continue d’apporter un soutien massif à un « Objectiu independència » (objectif indépendance) qui était le slogan de la manifestation de la Diada organisée pour dixième année consécutive par l’ANC, Assemblea Nacional Catalana, entité qui compte actuellement 50 000 adhérents et qui est à l’origine des mobilisations et de l’organisation de la société civile pour mener à bien le « procés ».

Les partis indépendantistes – ERC, Esquerra Republicana (gauche républicaine de Catalogne), JxCat, Junts per Catalunya (ensemble pour la Catalogne), et les CUP, Candidatures d’Unitat Popular (candidatures d’unité populaire) – sont certes dans une position embarrassante depuis leur décapitation par la répression politique espagnole (ses dirigeants sont en prison ou en exil), mais leur détermination reste entière et le gouvernement du président Quim Torra continue d’assurer les affaires courantes à la tête de l’administration autonomique dans l’attente d’une nouvelle opportunité d’exercer effectivement l’autodétermination et la souveraineté du peuple catalan.

« Ho tornarem a fer »

Tous les discours des dirigeants catalans – le président de la Generalitat, le président du Parlement, le président catalan en exil, les dirigeants politiques et les élus emprisonnés ou réfugiés en Belgique, en Écosse et en Suisse – sont explicites et clairs ; ils sont très bien résumés par les paroles du président d’Òmnium Cultural, Jordi Cuixart, à la fin de son procès à Madrid : « Ho tornarem a fer » (Nous le ferons à nouveau), en référence à l’exercice pacifique et démocratique de l’autodétermination pour obtenir l’indépendance du pays. Les discours de Madrid et de des partis anti-indépendantistes n’ont de cesse de faire diversion en désignant en permanence une supposée « division » voire « fracture » de la société catalane, alors que le paysage politique espagnole est en train de vivre une de ses plus grandes crises institutionnelles depuis la mort du dictateur. La montée d’une extrême droite néo-franquiste décomplexée se confirme tous les jours. Il y a un refus radical de Madrid de jeter les bases d’un dialogue politique avec les indépendantistes catalans (même lors des pires moments de l’activité violente des indépendantistes basques, les gouvernements espagnols n’avaient jamais renoncé à dialoguer avec l’ETA).

Intransigeance du PSOE

L’impossibilité d’arriver à un accord politique entre les forces parlementaires espagnoles pour désigner un gouvernement (l’Espagne est sans président depuis les élections du 28 avril 2019) est en grande partie due à l’intransigeance des socialistes espagnols (PSOE, Pedro Sanchez) d’accepter une alliance avec Podemos (Pablo Iglésias), trop à gauche et surtout favorable à une solution politique dialoguée avec les indépendantistes catalans. La prévision est que de nouvelles élections aient lieu en novembre 2019, sans perspective de solution. Tout cela dans le contexte imprévisible et de plus en plus tendu de l’annonce du verdict du procès politique contre les dirigeants indépendantistes catalans, en prison « préventive » depuis deux ans à la suite de l’organisation du référendum d’octobre 2017, verdit annoncé pour début octobre.

« Tsunami démocratique » et désobéissance

Dans l’optique d’un automne mouvementé, les forces politiques, les associations et les organisations informelles de la société civile catalane – CDR (comités de défense de la république), par exemple –, les syndicats se préparent à une réponse forte et à une mobilisation massive : un nouveau slogan (et organisation) est lancée depuis quelques jours, « tsunami démocratique » en plus des appels constants à la « désobéissance civile » de tous les dirigeants indépendantistes. L’actualité politique catalane continue d’être intense et abondante (déclarations, décisions des tribunaux, répression politico-judiciaires constante, manifestations et mobilisations, soutiens aux prisonniers politiques, ingérence des juges dans la vie politique, manipulations médiatiques…). À suivre.

 Alà Baylac-Ferrer