Jordi Cuixart et Carme Forcadell revendiquent la désobéissance civile,

l’exercice du droit fondamental à manifester, les droits du Parlement et soulignent un interrogatoire “surréaliste” de l’accusation

Au septième jour du procès contre l’indépendantisme catalan, le président de l’association Òmnium Cultural, emprisonné sans jugement depuis plus de 500 jours, Jordi Cuixart a répondu à son interrogatoire en faisant preuve de détermination, de véhémence, avec le sourire et s’est déclaré à son tout prisonnier politique. En català

Il a basé ses déclarations sur une défense déterminée du droit de manifestation, du droit de réunion, de l’autonomie des Catalans. Il a surpris en insistant sur le fait que sa priorité, après un an et demi d’emprisonnement, n’est pas de sortir de prison, mais de résoudre le problème politique de la Catalogne. Il a rejeté les déclarations des juges d’instruction qui essaient de démontrer une violence imaginaire et et qui a été le fait de la police espagnole. Il a appelé à la non-violence, a rappelé ses convictions pacifistes, et à la désobéissance civile (“reconnue par la justice espagnole elle même”). Il a défendu maintes et maintes fois les droits fondamentaux et les droits civils (parmi lesquels celui de voter et de manifester). Le procureur Jaime Moreno a été à l’origine d’un interrogatoire tendu; il a même été rapellé à l’ordre par le juge pour ses questions tendancieuses répétées, juge qui lui a demandé “de poser des questions qui ne permettent pas à l’accusé de répéter les longues prises de position” qu’il avait déjà faites (sic). Cuixart a critiqué les verdicts “illégitimes” du Tribunal constitutionnel contre le droit à l’autonomie et les droits de l’homme fondamentaux tels que la liberté d’expression, les interventions de la police accompagnées des cris ” A por ellos ! »(‘Nous les aurons!’) de l’opinion et des manifestants espagnols, la fermeture des sites internet d’entités catalanes sans aucun mandat judiciaire, « comme en Turquie ».

Après le leader de la société civile, l’ex-présidente du Parlement de Catalogne a déclaré pendant plus de 4 heures. Le même jour, ses avocats ont déposé un recours devant le Tribunal de Strasbourg pour violation des droits de sa défense. Forcadell a demandé à plusieurs reprises sa libération, sans jamais avoir de réponse de la justice espagnole en un an d’emprisonnemen provisoire.

Les questions posées à la présidente étaient tout aussi répétitives et captieuses, ou sans rapport avec les faits incriminés (quelle était sa formation pour devenir présidente d’un parlement, si elle avait obtenu la majorité lors des élections, si elle se souvenait des décisions du Gouvernement catalan dont elle ne faisait pas partie, si elle participait à une stratégie en vue de déclarer l’indépendance, si elle se souvenait de réunions qui dataient de plusieurs années en arrière…), provoquant un rappel à l’ordre du président du tribunal. De nombreux commentateurs ont qualifié l’interrogatoire de la présidente du Parlement “d’agressive et même insultante”, et qui essayait de ridiculiser la défense que faisait Forcadell des droits fondamentaux des citoyens.

Les déclarations exemplaires de Cuixart et de Carme Forcadell ont été soutenues par les présidents de la Generalitat et du Parlement de Catalogne, présents au Tribunal le mardi 26 février. Les deux ont qualifié “d’historiques” les déclarations des accusés.

Le défilé des 500 témoins commence

Des plus de 500 témoins prévus au procès, le député de l’ERC Jordi Tardà a été le premier à comparaitre devant le tribunal. Le président du tribunal lui a interdit de s’exprimer en catalan. L’ancien président de Catalogne, Artur Mas, a été le deuxième témoin à répondre, juste avant la vice-présidente du gouvernement de Mariano Rajoy, Soraya Saénz de Santamaría. La responsable de remplacer le président de la Generalitat après la suspension de l’autonomie a présenté avec un sourire crispé une image très peu sûre d’elle, imprécise et réticente dans ses réponses aux questions de la défense. Elle a expliqué que les informations dont elle disposait pour prendre ses décisions provenaient des “médias” ou étaient du “domaine public”. En revanche elle a été catégorique sur la “la violence continue et systématique dans les rues de la Catalogne, l’agression contre les forces espagnoles tous les jours, pendant des semaines et le jour du référendum” (référendum “qui n’a pas eu lieu”, selon elle). Elle n’a pas manque de faire état de “murs humains qui se jetaient contre la police” (sic), sans fournir aucune preuve. Elle a réfusé d’expliquer pourquoi elle avait parlé de 400 policiers espagnols blessés le 1er octobre 2017 au lieu des 90 réellement identifiés, tout en refusant de dire si elle savait qu’il y avait eu plus de 1000 personnes blessés parmi des électeurs ou si elle avait vu des images de violences policières à la télévision. Les erreurs de date, les contradictions dans les déclarations et les refus de répondre ont été constants et ont mis en évidence le manque de fondement des accusations et l’arbitraire avec lequel les décisions du gouvernement espagnol contre la Catalogne ont été prises. Des déclarations aussi surprenantes que scandaleuses dans un procès pénal où des peines pouvant aller jusqu’à 25 ans de prison sont demandées contre les prévenus. Avec la comparution des responsables de la répression politique espagnole, le sentiment est de plus en plus évident que les acteurs de l’accusation sont progressivement en train de prendre le rôle d’accusés de ce procès.

 

L’après-midi du huitième jour du procès, ont comparu devant le tribunal Mariano Rapoy, le président espagnol, son ancien ministre des Finances, Cristóbal Montoro, l’ex-présidente du PDeCat (parti de Carles Puigdemont), Marta Pascal, deux élus de la CUP et l’ex-président du Parlement de Catalogne, Núria de Gispert.

Pour Rajoy, il n’y a pas eu de référendum. Un ex-président nerveux lorsque on lui demande de justifier ses décisions contre la Catalogne. Il a réitéré son obsession pour la préservation de la souveraineté nationale (espagnole) et de l’ordre constitutionnel. L’ancien président espagnol n’a pas été en mesure de donner des noms de maires catalans prétendument “harcelés ou inquiètés” par les indépendantistes et a justifié le fait qu’il en avait connaissance “par les médias”. Rajoy ne se souvenait pas des dates, ni des documents reçus ou des personnalités qui l’avait sollicité personnellement. Rajoy a fait du Rajoy: commentaires généraux et hautains sans répondre aux questions. Il n’a même pas confirmé que, malgré le contrôle total des finances de la Generalitat, aucun argent public n’a été dépensé pour le référendum, contrairement à ses propres déclarations au parlement. Il a même déclaré qu’il n’avait pas géré l’opération de police le 1er octobre, jour du référendum, et qu’il ne savait pas qui en était le responsable. Il n’a pas non plus accepté de répondre s’il avait vu des électeurs blessés par la police. L’ancien ministre espagnol des Finances, Cristóbal Montoro, quant à lui a contredit ses propres déclarations selon lesquelles ni un seul euro n’avait été dépensé pour l’organisation du référendum, expliquant que le contrôle financier total de la Generalitat ne pouvait pas le garantir.

Les deux témoins de la CUP (Candidatures d’unité populaires, gauche anti-système indépendantiste) Eulàlia Reguant et Antonio Baños ont été expulsés de la salle pour avoir refusé de répondre aux questions de l’extrême droite en raison de leur idéologie fasciste, xénophobe et sexiste. Le tribunal les a sanctionné avec 2500€ d’amende chacun et a déposé une plainte contre eux. Núria de Gispert, ancienne présidente du Parlement de Catalogne, a clôturé le défilé des témoins, en confirmant que la présidence du Parlement, conformément à son règlement, n’a pas la capacité d’accepter ou de rejeter une question à l’ordre du jour de l’assemblée selon son contenu.

 

Rapports (3 compte-rendus disponibles) des observateurs internationaux (qui pointent du doigt des accusations et des interrogatoires “politisés”): https://internationaltrialwatch.org/