Chez les Catalans, qui est fou?

Il y a quelques années Salvador Dali annonçait avec sa verve proverbiale qu’il était « fou » d’un certain chocolat. Aujourd’hui, chez les Catalans qui est fou ?

Observons les Catalans du sud. Lorsque le dictateur Franco disparut en 1975, l’Espagne était à la traîne dans tous les domaines ; économie, culture, social, communications, etc. C’est alors que Madrid accorda plusieurs statuts d’autonomie. Notamment à la Catalogne. Et l’on vit refleurir le nom d’une vénérable institution fondée en 1359 : la Generalitat. Elle avait été créée par le comte-roi, Pere IV el Ceremoniós. (C’est lui qui fit construire le Castillet). Les Catalans du Sud ont de la suite dans les idées. Peu à peu, l’Espagne rattrapa son retard. La Catalogne fit des miracles. Certes, l’Europe a été généreuse, cependant les Catalans n’ont pas jeté l’argent par les fenêtres. Aujourd’hui, elle est la région la plus riche d’Espagne.

Les Catalans doivent-ils partager ? Peut-être, mais leur réussite n’est pas due à des ressources naturelles comme le pétrole ou le gaz, elle est le résultat de travail, de vision et de bon sens, « el seny català ». Actuellement, le PIB par habitant en Catalogne (richesse par habitant) est supérieur à la moyenne européenne : 27.698 Euros. Elle est de 25.500 pour la moyenne des 28 états. Face à ce tableau encourageant, on pourrait en conclure que les Catalans du sud sont satisfaits ! Et bien non. Ils veulent davantage, c’est-à-dire ils désirent l’Indépendance.

En fait, la Catalogne, c’est un état d’esprit. Voici deux exemples, que vous connaissez, qui paraissent anodins, mais significatifs. En France, lorsqu’une portion de route est à vitesse limitée, un panneau vous annonce quelques km plus loin « Rappel » (menace sous-entendue d’une administration aveugle prête à sanctionner). En Catalogne, le panneau indique « Recordi » (c’est-à-dire « souviens-toi »). En France, les retraités sont des personnes du « Troisième Age »  (la vie serait donc découpée en tranches arithmétiques ?), en Catalogne ce sont la « Gent Gran » ou « els jubilats » (jubilation pour la retraite !). Mathématiques ? Oui. Les inventeurs de « l’Etat Nation » ont baptisé le Pays de la Grandeur en « hexagone »… une figure froidement géométrique !

Penchons-nous sur le cas des Catalans du nord. Si autrefois, il y a deux siècles, Perpignan était la deuxième ville après Barcelone, aujourd’hui elle est, d’après l’INSEE, l’une des plus pauvres de France. L’étude porte sur 100 villes, mais écartons les villes d’outremer. Restent donc 93 villes ; c’est Roubaix qui ferme la marche (nombre de ménages sous le seuil de pauvreté 15.877, le taux de pauvreté est 46%). La 92ième est Aubervilliers. La 91ième Sarcelles. La 90ième est Perpignan (nombre de ménages sous le seuil de pauvreté 17.701, le taux de pauvreté est de 32%). La 88ième est Béziers avec 11.049 ménages, taux à 32%. Quand on se promène dans les campagnes, les vallées autrefois cultivées sont en jachère. L’industrie est exsangue. Le taux de chômage est de 15% faisant de la gare de Perpignan le bâtiment le plus visité ; mais si du jour au lendemain, les jeunes gens refusaient de quitter leur terre natale, la taux grimperait à 30%.

Bref, le département des PO est l’un des plus pauvres de France : or il n’est pas situé au fin fond du Massif Central ! Face à ce tableau peu reluisant, on pourrait en conclure que les Catalans du nord et les nouveaux arrivants sont insatisfaits, voire désespérés ! Et bien non ! Il n’y avait qu’à entendre les interminables discussions concernant l’élection présidentielle de 2017 : qui choisir entre A, B, C ou X, Y, Z ? Or, pas de doute, quel que soit le Président de la République, le Roussillon continue à sombrer dans la pauvreté et à stagner dans le dénuement. Alors pourquoi, en famille ou entre amis, les Catalans du nord ont-ils débattu sans fin pour cette élection qui n’a aucun impact ici ? En fait, les Catalans du nord, qui ont tout supporté, sont tombés dans la fatalité, pire, dans la résignation.

Alors chez les Catalans, qui est fou ? Le Catalan du sud ou celui du nord ?

En Catalogne Nord, en ce mois d’octobre 2017, les nuages sombres qui planaient au-dessus de nos têtes se sont dissipés. Une flamme s’est allumée. Pour la première fois depuis longtemps, se sont formés des dizaines de Comités constructifs… Nous savons comment réussir notre objectif. Nous ne sommes plus fous. 

Joan Villanove